Empreintes de guerre

Vernissage de l'exposition "Empreintes de guerre"

C'est un vrai plaisir de lancer, aujourd'hui, avec vous, l'opération "Empreintes de Guerre", à l'occasion du 75e anniversaire du Débarquement et de la Bataille de Normandie.

lundi 27 mai 2019
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Elle symbolisera, sur trois sites emblématiques du département, l'engagement, l'accompagnement de notre collectivité en faveur du devoir de mémoire. Un triptyque donc d'expositions, d'abord, ici même, aux Archives Départementales, mais également le long du boulevard Bertrand, sur les grilles de la Préfecture, ou encore au musée de Vieux-la-Romaine.

Un engagement qui s'exprime également par le soutien à de nombreuses actions portées par les Associations et les collectivités sur tout le Calvados.

Le Débarquement et la bataille terrible qui s'ensuivit furent un événement majeur de notre histoire collective et européenne.

Au-delà de l'espoir de la paix retrouvée et de la reconnaissance envers les libérateurs, ce fut un traumatisme profond dont il importe de rappeler la réalité : 8 000 Calvadosiens perdirent la vie durant ce terrible été 1944, des villes entières furent quasiment rayées de la carte.

Ces terribles pertes soldaient la fin d'une période noire de notre histoire, période de déchirement, d'indignité pour certains, de courage allant jusqu'au sacrifice pour d'autres, de souffrances inouïes pour beaucoup.

La seconde guerre mondiale est un passé qui ne passe pas. Son empreinte est partout et c'est cette réalité que cette exposition évoque avec force et dignité.

3 lieux, 3 éclairages différents proposés pour évoquer la guerre, la Bataille de Normandie et les traces qu'ont laissées ces événements sur notre territoire.

Ces traces sont encore présentes dans bien des mémoires et fort heureusement ; elles se transmettent de génération en génération, sous forme de récits familiaux, encore bien vivaces.

Les traces sont aussi physiques, tangibles, et créent un patrimoine d'un nouveau genre qu'il s'agit d'identifier, de protéger, mais aussi de valoriser.

Cette année, nous présentons, sur les grilles du boulevard Bertrand, avec l'accord de la Préfecture du Calvados, que je remercie ici, un ensemble de photographies, choisies par les trois services patrimoniaux du Département, pour illustrer l'empreinte indélébile laissée par la guerre.

Ces photographies rappellent la diversité des patrimoines de la Bataille de Normandie et l'attention qu'il convient d'y porter pour que le souvenir perdure, alors même, on le sait tous, que la mémoire vive s'efface avec le temps qui passe.

Ce patrimoine, ce sont les archives dont nous avons la charge, les vestiges archéologiques que nous découvrons, mais aussi tous ces vestiges présents dans le paysage qui, au détour d'un chemin, dans une cour de ferme, derrière un bosquet, sont les témoins des événements de l'été 1944.

Certains sont connus et bénéficient d'une mise en valeur qui permet d'entretenir le devoir de mémoire, tout comme cette mise en valeur contribue à l'attrait touristique de notre territoire.

D'autres de ces vestiges, et ils sont nombreux, sont bien moins connus et ne perdurent que par le fruit du hasard ou grâce aux bonnes volontés des acteurs locaux.

Tous ces patrimoines participent à entretenir la mémoire de la Bataille de Normandie, dans l'ensemble du Calvados, c'est pourquoi notre collectivité contribue à les recenser, les protéger et à les faire connaître, du plus grand nombre, pour que les générations à venir continuent à se souvenir.

Pour aller plus loin encore, deux expositions sont proposées aux Archives Départementales et au musée de Vieux-la-Romaine jusqu'à la fin septembre, expositions dont une partie sera itinérante et pourra, par la suite, être découverte dans tout le département.

Au musée de Vieux-la-Romaine, les archéologues vous font découvrir l'empreinte laissée par la Bataille de Normandie dans notre sol.

Ici, c'est un de ces innombrables "trous d'hommes" que les soldats creusaient en toute hâte pour se mettre à l'abri des balles et des obus. Creusés pour une nuit ou pour plusieurs semaines, lorsque le conflit s'enlisait, ces "trous d'hommes" illustrent la fameuse maxime des troupes anglo-américaines, selon laquelle la pelle fut, durant toute la Bataille de Normandie, la meilleure amie du soldat.

Là, ce sont des jerricans d'essence et des caisses de munitions qui témoignent de la gigantesque machine de guerre qui s'est mise en route avec le Débarquement.

Ici encore, ce sont les amas de vaisselle prélevée dans les fermes environnantes ou encore ces amoncellements de bouteilles de vin qui racontent la contribution des populations civiles, prises au milieu des combats.

Il y a aussi ces cratères de bombes et d'obus, ces maisons détruites par des engins incendiaires, qui illustrent d'autres souffrances, bien plus importantes, dont les civils furent victimes.

Il y a enfin, ces corps de soldats enterrés à la va-vite dans une tombe, lorsqu'il ne s'agit pas d'un simple trou, dont on avait oublié l'emplacement, jusqu'à ce que les archéologues le retrouvent.

Tous ces vestiges archéologiques racontent la Bataille de Normandie. Ils permettent d'en affiner la connaissance et d'en faire ressurgir des épisodes dont le souvenir s'était trop souvent effacé.

Surtout, ils donnent à voir, presque à toucher, la réalité matérielle de la vie des soldats au front, comme celle des populations civiles, prises dans la tourmente.

Ils effacent le filtre de l'image et du témoignage oral, pour rendre concret et palpable, la violence des bombardements ou encore tous ces petits riens, dont les archéologues retrouvent la trace et qui rappellent, qu'au-delà du récit des événements, il y a la dure réalité de ce qu'ont traversé tous ces hommes et toutes ces femmes engagés dans la Bataille de Normandie.

Les Archives Départementales nous ont permis de découvrir aujourd'hui, en avant-première, un autre aspect de cette histoire : l'action proprement héroïque de ceux qui, dans la tourmente refusèrent de céder à la peur et de renier leurs idéaux.

Nous sommes tous, je crois, vivement impressionnés par la force de ceux qui, dès la première heure parfois, résistèrent à l'occupant et à ses lois iniques. Leur action est un leçon pour nous tous, et un rappel : l'action d'un petit nombre parfois, est déterminante.

Ils ne furent pas nombreux, certes, les résistants convaincus de la première heure : quelques milliers, 2 500 tout au plus, selon les travaux les plus sérieux.

Leur action était entravée par la surveillance continue de l'occupant, la répression et les arrestations qui, régulièrement, fauchaient leurs effectifs.

Pourtant, les risques pris ne furent pas vains. Ces hommes et ces femmes, d'abord furent l'honneur de notre pays et aidèrent la population, après-guerre, à se relever de l'humiliation de la défaite et de la collaboration.

Mais, plus concrètement, de nombreux historiens soulignent, aujourd'hui, leur part, dans le sauvetage des Juifs, la cache des réfractaires au STO, ou dans la réussite du Débarquement.

Leur exemple donc, nous engage et nous enseigne. Je suis particulièrement heureux qu'il leur soit rendu ici, un hommage tout particulier, en cette Journée Nationale de la Résistance.

Il s'agit aussi de la première exposition organisée dans la nouvelle salle des Archives, qui se révèle tout à fait appropriée à cette réflexion.

Je souhaite également saluer les nombreuses participations qui ont rendu cet événement possible. L'exposition Empreintes de Guerre est le résultat d'un travail commun de la Direction de la Communication et de la Direction de la Culture.

Elle a également bénéficié, pour l'exposition présentée aux Archives, du soutien d'un Comité Scientifique de haut niveau, coordonné par madame Elisabeth Olive, directrice adjointe des Archives Départementales du Calvados.

Je tiens tout particulièrement à remercier ici, Jean Quellien, Gaël Eismann, ainsi que l'Office National des Anciens Combattants, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, l'Association Mémoires de la Résistance Normande et le Service Historique de la Défense.

Leur aide a été précieuse dans l'élaboration du contenu scientifique de l'exposition, comme dans la recherche documentaire et le prêt de documents inestimables.

Je me réjouis de ce partenariat entre l'État, le monde associatif, l'Université et la collectivité départementale, garante du sérieux de notre démarche et de sa résonnance auprès de nos concitoyens.

L'exposition présentée au musée de Vieux-la-Romaine a été coordonnée par Marie-Anne Rohmer et Jean-Yves Lelièvre, tous deux agents de notre service Archéologie. Elle a bénéficié des contributions de l'Inrap et de la Drac que je tiens également à remercier.

Enfin, un mot sur l'affiche de notre exposition, réalisée par l'un de nos "Coups de Cœur So14" Sophie Kerdellant que je remercie pour son inspiration et son talent.

Je ne peux conclure, sans vous encourager à découvrir, dès demain, boulevard Bertrand et au musée de Vieux-la-Romaine, les deux autres composantes de cette exposition, les composantes de cette manifestation que nous avons appelée "Empreintes de la Bataille de Normandie", mais aussi l'ensemble des manifestations remarquables qui, au cours de l'été, feront revivre la mémoire du Débarquement dans notre département.

Nous sommes tous individuellement ou collectivement,  des "passeurs de mémoire", des "passeurs de patrimoine", pour que vive, à jamais, la grande et les petites histoires de ce moment décisif de la liberté en Europe… Une Europe qui, ne l'oublions jamais, continue à ce jour, de nous laisser et ce, depuis 75 ans, "des empreintes de paix"… Et, c'est bien là l'essentiel.                                              

Je vous remercie de votre attention.

Discours prononcé le 27 mai 2019 aux Archives du Calvados par Jean-Léonce Dupont. Seul le prononcé fait foi.

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