L'assemblée départementale le 1er juillet 2021. / © Th. Houyel

Session de droit d'installation du Conseil Départemental - Discours introductif

Mesdames et Messieurs les conseillers départementaux, Mes chers collègues, Après celle des électeurs du canton de Bayeux, je suis sincèrement touché par la fidélité que vous venez de me témoigner. C’est un grand honneur d’être élu par ses pairs.

jeudi 01 juillet 2021

Ce sont, en premier lieu, des remerciements que je voudrais ce matin exprimer.

Ces remerciements, je les adresse tout d’abord aux Calvadosiens qui nous ont accordé leur confiance afin que nous les représentions dans cet hémicycle, en prenant l’engagement de les servir avec la détermination, l’intégrité et le sérieux qui siéent aux responsabilités publiques.

Ces remerciements je les adresse ensuite aux membres de notre majorité, une majorité qui sort des urnes renouvelée, confortée, portée, j’en ai la conviction, par la reconnaissance du travail accompli lors de la précédente mandature et par le partage des valeurs qui nous rassemblent, celles d’une recherche permanente de l’intérêt général, d’un équilibre entre tous les territoires du Calvados et d’une solidarité envers tous les Calvadosiens. Ensemble, nous nous attacherons toujours, non pas à faire miroiter un avenir idéal, mais plus humblement de tirer le maximum des moyens que les citoyens ont un temps mis à notre disposition, en fonction des circonstances que nous rencontrerons.

Ces remerciements je les adresse enfin à ma famille, à mes proches, et plus généralement à ceux qui m’accompagnent dans la vie publique, m’apportent leur soutien sans lequel il serait difficile de poursuivre, de s’engager dans des chemins qui peuvent être escarpés.

À ces remerciements s’ajoutent bien sûr des félicitations, celles que j’adresse à vous tous, qui revenez en ce lieu ou êtes élus pour la première fois, et avez en commun d’avoir affronté la difficulté de l’élection, pour servir le Calvados, sa population, ses territoires.

Je voudrais saluer celles et ceux qui, membres de l’assemblée précédente, avaient choisi de ne pas solliciter le renouvellement de leur mandat ; saluer également celles et ceux qui, espérant retrouver notre assemblée, n’ont pu y parvenir. Je ne les oublie pas.

Tout au long de ces années, de multiples liens se sont créés avec les agents, les collaborateurs de cette grande collectivité dont je n’ai cessé de vérifier la compétence, l’engagement, la loyauté et le sens du service. C’est avec beaucoup de plaisir que je leur adresse ce matin également un salut, un message de confiance – et surtout un message de confiance en l’avenir de notre collectivité.

 

Oui, car vous le savez, par méconnaissance de la sphère publique locale, par méfiance de la décentralisation, sans étude d’impact et sans analyse véritables, les Départements ont été mis au milieu de la décennie passée, sur la défensive de manière illégitime. La pérennité de l’échelon départemental reste depuis lors un combat permanent à mener.

Or il est important qu’avec l’élection de notre nouvelle assemblée, quelle qu’ait pu être il y a quelques années la rigueur d’une offensive anti-départementale orchestrée à haut niveau, chacun acquiert la certitude que le Département est un indispensable pilier constitutionnel de notre République.

Notre pays a plus que jamais besoin d’une grande collectivité des solidarités, une grande collectivité capable de prendre en charge et d’accompagner les détresses individuelles, une grande collectivité de l’équilibre entre le rural et l’urbain, une grande collectivité capable d’organiser une relation de plus en plus complexe entre les territoires soumis à une influence métropolitaine, et ceux qui ne le sont pas.

À son acmé, l’épidémie de Covid-19 a constitué un révélateur du rôle majeur des collectivités locales, notamment des Départements, dans la gestion de la crise sanitaire. Ils ont démontré que l’on pouvait compter sur leur proximité, leur réactivité et leur expertise. En ces temps troublés, la France et les Français ont besoin des Départements qui leur ressemblent, libres, audacieux et solidaires.
Permettez-moi de vous soumettre à cet égard une citation d’Alexis de Tocqueville, en 1835 : « La décentralisation n’est pas seulement une valeur administrative ; elle a une portée civique puisqu’elle multiplie les occasions pour les citoyens de s’intéresser aux affaires publiques ; elle les accoutume à la liberté. Et de l’agglomération de ces libertés locales, actives et sourcilleuses, naît le plus efficace des contrepoids aux prétentions du pouvoir central. »

Portez donc collectivement haut la parole des Départements et soyez les boucliers de la décentralisation, tout simplement en ce qu’elle se traduit pour les citoyens par la proximité d’autorités locales démocratiques et leur capacité d’intervention sur les politiques menées.

 

Nous aurons, au cours de la mandature qui s’ouvre, bien des occasions de mettre à l’épreuve cette assertion, tant les défis de notre temps sont grands. Nous avons tous en tête, c’est évident, l’urgence climatique, le vieillissement de la population, la transition numérique, la lutte contre la fracture territoriale. Le Département porte des actions publiques essentielles dans chacun de ces domaines, dont il est parfois même le chef de file institutionnel. Nous y reviendrons très concrètement dans quelques semaines, avec un plan de mandature que je vous proposerai d’élaborer tous ensemble, en commissions et lors de séminaires dédiés, de sorte à le soumettre à l’approbation de notre assemblée avant la fin de cette année.

Nous allons nous mettre au travail sans attendre, de sorte à déployer rapidement les premières actions concrètes de notre mandature.

Dans les six mois qui viennent, nous aurons à décider du lancement de trois plans ambitieux :

  • un plan de rénovation thermique des logements ;
  • un plan pour l’adaptation des logements à la perte d’autonomie, tout en nous penchant sur les aidants, avec la création de maisons des aînés et des aidants et de maisons de répit ;
  • un plan pour la création d’un millier de jardins familiaux et partagés dans le Calvados.

Nous aurons à réviser notre plan vélo départemental, afin d’aider plus encore les communes et leurs groupements à réaliser des pistes cyclables pour les déplacements de tous les jours. Nous animerons une stratégie départementale de gestion raisonnée de l’eau, pour adapter le Calvados au changement climatique. Nous dynamiserons notre façade maritime, en mettant en synergie les sept ports départementaux. Nous veillerons à la solidarité des territoires, en accompagnant la revitalisation des centres-bourgs, l’équipement rural et en maintenant un accueil humain au plus près de chaque habitant, suivant une longue tradition du Département. Nous favoriserons les circuits courts, notamment dans la restauration scolaire. Nous parachèverons le projet d’aménagement numérique Fibre Calvados Normandie, nous déploierons un nouvel espace numérique de travail dans les collèges et nous mettrons sur l’ouvrage une nouvelle stratégie pour la jeunesse. Nous continuerons à simplifier et à moderniser notre gestion publique, tout en déployant d’importants moyens en faveur de l’inclusion numérique.

Mais avant toute chose, je vous propose de porter en première priorité, à l’ouverture de notre mandat, le sujet de la protection de l’enfance, pour lequel vous le savez déjà ou le découvrirez bientôt, notre Département est l’un des plus engagés de France, l’un de ceux qui à la fois protège le plus d’enfants, pratiquement 50 % de plus que la moyenne de notre strate, et y consacre le plus de moyens, de l’ordre de 30 à 40 millions d’euros de plus chaque année par rapport à des Départements comparables au nôtre, comme le Loiret, le Puy de Dôme, la Manche, les Côtes d’Armor, le Morbihan ou encore l’Eure. Or des suites de la crise sanitaire, l’autorité judiciaire nous confie actuellement quatre fois plus d’enfants qu’en temps ordinaires, ce qui vient à saturer nos dispositifs traditionnels d’accueil, qui étaient déjà, il faut le dénoncer, largement sollicités pour prendre en charge des enfants en situation de handicap qui devraient pourtant normalement relever de la compétence de l’État. Je vous proposerai donc d’abonder au bénéfice de la protection de l’enfance le budget du Département des moyens nécessaires, dès le mois de septembre prochain ; tout en confrontant l’État à ses propres responsabilités.

Également, dès cet été, il nous faudra penser sans attendre à l’urgence de la relance sociale et économique, alors même que l’on n’est pas encore tout à fait sortis d’une crise sanitaire mondiale sans précédent. Nous en parlerons lors de notre session des 19 et 20 juillet : le nombre de bénéficiaires du RSA paradoxalement baisse actuellement, mais ce n’est qu’un sursis, puisque le nombre de chômeurs de longue durée continue lui d’augmenter, on parle même d’une hausse supérieure de 10 % en un an. Il nous faut donc organiser le Département, qui est je vous le rappelle le chef de file légal des politiques d’insertion, pour faire face d’ici quelques mois à de nombreuses situations de détresse.

Enfin, puisque j’évoque les grands défis de notre temps, comment ne pas penser à la nécessaire relance de l’engagement citoyen, à l’heure où l’abstention vient d’atteindre les deux tiers du corps électoral. Nos leviers d’actions seront certainement moins nombreux en la matière, mais j’aurais plaisir à ouvrir ce débat également avec vous, en commençant par partager simplement aujourd’hui mon sentiment, à savoir que la crise de la démocratie doit en mon sens beaucoup à la manière dont l’information est traitée dans notre pays, avec des médias nationaux, je dis bien nationaux, qui couvrent non plus les sujets qui sont essentiels pour les Français, mais ceux qui potentiellement font de l’audience. Nous sommes dans le monde de la communication immédiate, permanente, où le fait de parler d’un sujet laisse croire qu’on le résout.

Puissions-nous être ensemble préservés de tels travers. À l’inverse, dans le sillage des valeurs de Michel et d’Anne d’Ornano, cette assemblée départementale a toujours porté la conviction que l’élaboration de l’action publique impose l’échange, l’attention portée aux interlocuteurs, la recherche du consensus, le tout guidé par une vision claire des objectifs et une volonté farouche de résoudre les problèmes et d’apporter des solutions aux usagers du service public. Tel est bien l’esprit dans lequel a toujours travaillé cette assemblée ; je souhaite que, profondément renouvelé, le nouveau conseil départemental conserve le meilleur de cet héritage et participe, à sa modeste échelle, à réconcilier les citoyens avec les affaires publiques locales.

 

Cependant, même nos meilleures volontés ne seraient pas grand-chose, sans derrière la capacité financière de mettre en oeuvre nos projets et la capacité des femmes et des hommes de l’administration départementale de les faire émerger puis aboutir. Nous avons la chance, dans le Calvados, de réunir ces deux conditions. Grâce au sérieux de notre gestion passée, nous disposerons des moyens financiers pour mettre en oeuvre la dynamique que nous impulserons ensemble, au nom des Calvadosiens que nous représentons. Et au niveau managérial, je sais que notre directeur général des services saura poursuivre avec talent le passage d’une culture administrative du schéma à une culture contemporaine du service à l’usager, en s’appuyant sur une administration hautement compétente, volontaire et réactive.

Mes chers collègues, face aux défis de notre temps, nous avons comme vous le voyez beaucoup de choses à faire ensemble, et à engager dès maintenant. Je souhaite que nous sachions le faire dans le respect des sensibilités et des différences, dans le respect dû aux uns et aux autres.

Merci de votre attention.
 

 

Discours prononcé par Jean-Léonce Dupont le 1er juillet 2021 à l'Hôtel du Département de Caen. Seul le prononcé fait foi.

Photo d'en-tête : L'assemblée départementale le 1er juillet 2021. / © Th. Houyel