Vue de l'Abbaye aux Dames et de son parc à Caen. / © BIERNACKI Eric / Région Normandie

Session du 27 septembre 2019 - Discours introductif

Mes chers collègues, Suite à la disparition hier du Président Jacques Chirac, permettez-moi d'évoquer en quelques mots sa mémoire et son parcours de vie, consacré pendant plus de 40 ans à la politique. Une très longue carrière, inspirée par le Général de Gaulle, avec une telle passion de la France qu'il aura toujours en tête, l'obsession présidentielle.

vendredi 27 septembre 2019
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Redoutable animal politique, pugnace, homme capable de coups d'éclats, de sorties médiatiques toujours très remarquées, homme aux décisions parfois surprenantes, il savait, pour autant, cultiver son inégalable réputation de "bon vivant" et d'homme aux plaisirs simples, proche des gens et de la terre.

Jacques Chirac avait aussi une autre facette, celle d'un homme de culture, nourrissant quelques passions peu communes (telles les Arts Premiers ou encore le Sumo).

Pragmatique, sachant saisir ou provoquer des opportunités, il avait le sens politique dans l'âme, mais était perçu, aux yeux des Français, comme un homme sympathique, chaleureux et accessible. J'ai encore en mémoire son accolade historique avec le chancelier Schröder lors du 60e anniversaire en 2004 au Mémorial à Caen.

Au nom du Département du Calvados, j'adresse à son épouse, à sa fille, sa famille et ses proches nos plus sincères pensées.

Je vous demande de bien vouloir observer une minute de silence en la mémoire de notre ancien Président de la République, figure de la vie politique française de ces 50 dernières années.

 

J’ai comme toujours beaucoup de plaisir à vous retrouver aujourd’hui. J’espère que chacun d’entre vous a passé un bel été et que chacun a pu se ressourcer afin d’engager avec énergie et sérénité les nombreux dossiers qui nous attendent.

Nous prenons de nouveau place, cet après-midi, dans l’hémicycle de l’Abbaye aux Dames, gracieusement mis à notre disposition par le Conseil régional de Normandie, dont je remercie très sincèrement, en notre nom à tous, le Président et l’ensemble des élus.

Il n’aura échappé à personne qu’en cette rentrée, la configuration de notre assemblée a dû y être légèrement adaptée. Plusieurs d’entre vous ont de fait pris la décision de rejoindre la majorité départementale que je préside, désormais composée de trois groupes. Je m’en réjouis bien entendu mais n’en ferai pas aujourd’hui de commentaire particulier, si ce n’est pour vous dire que je travaille avec toutes les bonnes volontés qui souhaitent se mettre au service du Calvados et des Calvadosiens, dans le respect de chacun. Dans un environnement politique chamboulé, chahuté, parfois contesté, partout en France, l’essentiel me paraît être de rassembler les énergies positives pour construire en gardant toujours le cap de l’intérêt général. C’est ainsi que l’on crée les conditions d’une vie publique apaisée, marquée par la tolérance, le respect et la volonté d’avancer collectivement. Notre majorité en ressort renforcée, mais ce qui compte est l’ambition que nous nous donnons tous ensemble, celle d’un département durable, dynamique et solidaire, ouvert au monde. Un département en mouvement, bien géré, inspirant et reconnu comme tel !

Du côté de la rue Saint-Laurent, les travaux sur notre hôtel de Département sont en voie d’achèvement. Néanmoins, ils dureront encore probablement jusqu’au début du mois de décembre car le fait est, qu’en dépit du travail des entreprises ininterrompu cet été, il n’a pas été possible de récupérer les quinze jours perdus lors de la fermeture imposée du chantier pendant les festivités du 75e anniversaire du Débarquement et que nous continuons d’amputer chaque semaine de deux demi-journées, de part et d’autre de chaque week-end, afin de sécuriser la cour d’honneur dans le contexte d’une agitation sociale qui continue d’inquiéter Monsieur le Préfet…

C’est pourquoi, vraisemblablement, nous tiendrons notre session de novembre également et pour la dernière fois ici, avant de revenir en nos propres locaux en décembre, pour notre débat d’orientations budgétaires.

 

Notre rentrée départementale s’effectue en conscience de la situation que traverse notre pays, pétri de tensions et de frustrations accumulées. Les fractures sociales et territoriales révélées par l’épisode des « gilets jaunes », bien qu’elles aient semblé marquer le pas cet été, sont nous le savons loin d’être résorbées. Au cours des dernières semaines, les enseignants, les urgentistes, les agriculteurs, les sapeurs-pompiers, les policiers ont fait part de leurs mécontentements, parfois violemment ; plusieurs centrales syndicales ont appelé à la grève contre la nouvelle loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019.

La période est objectivement périlleuse, avec une actualité du Brexit plus brûlante que jamais. Il s’annonce plus hard que soft et cela pourrait avoir des conséquences graves sur notre économie. Selon Bercy, un Brexit sans accord pourrait coûter 0,2 point de PIB à la France, c’est-à-dire pratiquement 5 milliards d’euros. Localement, le Calvados, territoire frontalier, serait particulièrement impacté. Bien que nos vice-présidents Olivier Colin et Michel Fricout aient veillé à ce que nous y soyons préparés au niveau de notre syndicat mixte Ports de Normandie et au niveau de notre société d’économie mixte qui porte la Brittany Ferries, on peut ici penser à nos 1 439 ressortissants britanniques, à l’inquiétude de nos plus de 600 pêcheurs, au devenir des dizaines de jeunes mineurs étrangers que nous mettons à l’abri en l’attente d’un accord d’immigration au Royaume-Uni, mais aussi et plus généralement, au secteur du tourisme, car les Anglais, risquant de perdre jusqu’à 25 % de leur pouvoir d’achat, pourraient renoncer en masse à nous visiter, sachant qu’ils pèsent pour pratiquement 5 % de nos recettes touristiques.

L’été n’a par ailleurs pas apporté de solution pour les 1 050 planteurs de betteraves du Calvados et les 81 salariés directs, qui font courageusement face à la décision brutale de Südzucker de fermer la sucrerie de Cagny, dans le canton de Troarn, au printemps 2020. Pire, l’accord de libre-échange signé entre l’Union européenne et le Mercosur, le 28 juin dernier, doit les mettre à raison en émoi, en organisant l’import en France d’un contingent de 180 000 tonnes de sucre, produits par un modèle agricole bien différent du nôtre, où des exploitations de plus de 2 000 hectares sont baignées par des produits phytosanitaires interdits en Europe. Saviez-vous que le Brésil a ainsi homologué 250 pesticides rien que depuis l’entrée en fonction de Jair Bolsonaro ?

Alors, je comprends que le sujet soit très complexe pour le gouvernement, qu’il en aille des « intérêts offensifs » européens – et plus particulièrement allemands – dans le domaine industriel, et je reconnais que nous n’avons sans doute pas toutes les clés pour apprécier à notre niveau les traités de libre-échange ; je suis, par ailleurs, très sensible au fait que le Président de la République envisage lui-même de changer de braquet sur cet accord, exaspéré par le climato-scepticisme de son homologue brésilien ; mais il reste que j’ai du mal à convenir de la pertinence d’importer massivement, au gré d’un bilan carbone épouvantable, des produits agricoles aux normes sanitaires médiocres, à l’heure où l’on tente d’ériger en France un modèle vertueux d’ancrage territorial de notre agriculture pour une alimentation de qualité, respectueuse de l’environnement et favorisant les circuits courts.

Sur un autre plan, notre rentrée départementale doit s’effectuer également en conscience du très pénible, et sans doute très triste, été qu’ont passé les habitants des 20 communes du Calvados frappées, dans les cantons de Lisieux, de Mézidon-Canon et de Pont-l’Évêque, par de graves inondations lors de la nuit cauchemardesque du 24 au 25 juin 2019, c’est-à-dire la nuit-même de notre précédente session. Des dizaines de maisons et deux entreprises se sont alors retrouvées sous la boue. Tandis que des sinistrés vivent encore dans des maisons et des immeubles dévastés où ils ont tout perdu, nous trouvons, dans la peine immense qui les accable, un petit soulagement à savoir que l’état de catastrophe naturelle leur a été reconnu au début de ce mois et qu’ils sont désormais pris en charge par leurs assurances.

Ces inondations contrastent totalement avec l’actuelle situation des cantons de Vire et de Condé-en-Normandie en matière d’eau potable. La pénurie y est sévère, avec un niveau de réserve très préoccupant au niveau du barrage de la Dathée et même du barrage du Gast, ce qui contraint drastiquement les usages domestiques et menace le pôle agroalimentaire virois, où l’on compte vous le savez des sociétés comme Normandise et la Compagnie des Fromages, dont les besoins représentent près de 40 % de la consommation locale en eau potable. Il nous faut là espérer que les quelques pluies de ces derniers jours se fassent rapidement plus abondantes.

Voilà, sans prétendre à l’exhaustivité, pour ce qui sont de quelques préoccupations locales actuellement fortes dans le Calvados, sachant que je pourrais vous parler également, à une échelle davantage nationale, des incertitudes conjoncturelles sur fond de tensions commerciales et des risques liés à cette ère inédite de taux bancaires bas, ou bien encore du niveau de la dépense publique de l’État central qui ne reflue obstinément pas, obligeant à toujours plus d’efforts compensatoires par nos collectivités territoriales.

Ces éléments doivent vous convaincre combien nous devons en cette rentrée 2019 rester collectivement vigilants et lucides sur la situation du monde et plus spécifiquement de notre pays.

 

Dans le même temps, fort heureusement, nous avons ici, dans le Calvados, aussi quelques belles raisons de nous réjouir en cette rentrée 2019.

Portée par les cérémonies du 75e anniversaire du Débarquement et par un climat globalement favorable, la saison touristique a été exceptionnelle. Nous pensions que le 70e anniversaire du Débarquement, en 2014, aurait représenté le climat des célébrations internationales sur notre territoire. Or, les défilés, les cérémonies et autres commémorations ont attiré cette année plus de monde encore. Plus de 1,2 million de nuitées touristiques ont été enregistrées sur la semaine du 6 juin, saturant totalement la capacité d’accueil du Calvados. Plus encore qu’en 2014, tous les territoires ont alors véritablement battu leur plein, avec par exemple une augmentation des nuitées de 200 % dans le Pays d’Auge et de 150 % dans le Sud Calvados, par rapport à l’année dernière.

Mais le 75e n’a pas été le seul moteur d’activité de cet été. Que ce soit au Mémorial de Caen, au cinéma 360° d’Arromanches, au village fromager de Livarot, à notre musée départemental de Vieux-la-Romaine, au village des marques de Calvados Honfleur ou encore sur les véloroutes du Calvados, partout nous avons atteint des pics historiques de fréquentation. L’aéroport de Caen Carpiquet a connu la plus haute augmentation de fréquentation de trafic au plan national. La fréquentation des trois musées de Bayeux a augmenté de 15 % et le véritable phénomène planétaire autour de la tapisserie de Game of Thrones devrait permettre de faire mieux encore. Le taux de satisfaction a atteint 100 % chez les restaurateurs du Calvados et il a bondi cette année chez les hébergeurs, jusqu’à atteindre un niveau de satisfaction jamais rencontré jusqu’à présent.

À cette occasion puis tout au long de l’été, le Calvados a été pleinement ouvert sur le monde, avec d’importants contingents de touristes anglais, belges, néerlandais, américains et, tendance relativement nouvelle, allemands et italiens.

Au total, la saison touristique 2019 s’annonce déjà meilleure que l’année 2018, qui avait pourtant été qualifiée d’année « record ».

J’y vois l’expression des atouts intrinsèques du Calvados bien sûr, de la mobilisation de toutes ses forces vives ; mais aussi le fruit de notre travail et celui de notre agence départementale Calvados Attractivité, quand on sait combien ont joué dans le choix de la destination Calvados, la qualité des environnements naturels que nous mettons en valeur, l’offre de sports de pleine nature que nous développons et bien sûr les grands itinéraires cyclables que nous avons patiemment aménagés.

Sans même compter nos interventions dans les politiques culturelles, sportives, environnementales ou associatives, qui pourtant, bien entendu, contribuent toutes à l’attractivité du Calvados et à la qualification de ses territoires, si on prend pour périmètre nos seules dépenses directes en matière de tourisme, c’est en moyenne 4 millions d’euros que nous mobilisons chaque année pour construire ce succès. Ce sont des moyens structurants qui nous permettent d’avoir une véritable puissance d’action.

Alors quand je vois que depuis trois ans, la tendance à la progression de l’attractivité touristique du Calvados se confirme, au point que l’on peut affirmer désormais que nous avons atteint un palier structurel, je me réjouis. C’est là un succès dont nous pouvons être collectivement fiers. Le Calvados s’érige comme une valeur sûre, une destination recherchée et agréable, et qui le sera très certainement de plus en plus dans les années à venir, quand il se dit que le climat de Caen sera celui de Nantes d’ici 20 à 30 ans.

Sur un autre plan, l’été a par ailleurs été positivement marqué par l’avancement de grands projets portés ou soutenus par le Département, en déclinaison de notre projet de mandature. Je pense à l’inauguration du nouveau tramway de l’agglomération caennaise, dont le Département aura été, et de très loin, le premier co-financeur ; à l’achèvement de nos travaux sur la desserte portuaire dans le canton d’Hérouville-Saint-Clair et sur l’échangeur de Monceaux dans le canton de Bayeux ; à l’arrivée de trois grands opérateurs nationaux, SFR, Bouygues Telecom et Orange, sur notre réseau internet public construit de bout en bout en fibre optique dernière génération ; au déploiement massif d’une nouvelle téléassistance pour favoriser le maintien à domicile des personnes en perte d’autonomie ; à la mise en circulation d’un bus numérique qui va désormais sillonner nos campagnes en proposant des ateliers numériques entièrement gratuits ; à la première édition du guide « s’installer dans le Calvados » ; à notre musée départemental de Vieux-la-Romaine qui a été lauréat du prix national de l’audace artistique et culturelle pour sa médiation auprès du collège Jacques Prévert de Saint-Pierre en Auge ; ou encore à l’inauguration de l’académie équine Delaveau au sein de notre cité mixte de Deauville dans le canton d’Honfleur.

Je pense au succès de nos partenaires, que nous avons accompagnés, de la labellisation de la commune d’Hérouville Saint-Clair en « cité éducative nationale », à l’hôpital Saint-Martin de Caen qui a été reconnu comme le deuxième meilleur hôpital privé de France pour certains actes chirurgicaux, selon le classement 2019 du magazine Le Point, en passant par l’attractivité de certaines grandes écoles de notre territoire, comme l’ENSI Caen qui a enregistré 21 % d’inscriptions supplémentaires en première année, au point de saturer aujourd’hui ses locaux. On dit les Calvadosiens parfois taiseux, mais cela ne les empêchent jamais d’être conquérants !

Je pense également à un combat essentiel que nous avons remporté, grâce à une mobilisation exceptionnelle de moyens, conjugués avec l’expertise de nos agents du laboratoire interdépartemental Labéo, dans ce qui aura été une très bonne coopération entre les Département normands et l’État : alors que la situation était, souvenez-vous en, très préoccupante à la fin du printemps, avec l’abattage de plusieurs milliers de vaches, après que nous ayons décidé de dégager plus de 200 000 euros de crédits exceptionnels, nous avons réussi à éradiquer la rhinotrachéite infectieuse bovine, aussi connue sous le nom d’IBR, et à protéger ainsi le cheptel bovin du Calvados. Nos efforts vont désormais pouvoir être redéployés pour accentuer la lutte contre une autre maladie préoccupante, la diarrhée virale des bovins, ou DVB pour les experts.

Et puis, bien entendu, la rentrée 2019 c’est aussi la rentrée scolaire, et tout particulièrement celle des 25 926 collégiens dans nos collèges publics, auxquels j’adresse aujourd’hui nos pensées. Là aussi, nous avons bien des raisons de nous réjouir. Même si la tendance reste évidemment baissière sur le temps long, du fait du vieillissement général de la population, et que nous comptons 507 collégiens de moins en cette rentrée 2019 dans le Calvados, pour la première fois cette baisse concerne les seuls collèges privés et non pas nos collèges publics, qui ont même accueilli 149 collégiens de plus qu’à la rentrée précédente. Pour la première fois depuis de très nombreuses années, le collège public d’Isigny-sur-Mer a même augmenté son effectif de 12 %, mettant fin à une terrible spirale baissière. C’est bien la preuve que toutes les actions que nous menons en faveur de la réussite scolaire et de l’épanouissement de nos jeunes portent leur fruit !

Nous comptons désormais 16 « e-collèges », suivant notre label qui désigne des établissements en avance sur les nouvelles approches pédagogiques et pleinement ouverts aux nouveaux usages du numérique. Tous nos collèges seront pareillement labellisés à l’horizon 2021. Sans attendre, nous allons aussi multiplier par cinq le débit de la connexion Internet de nos collèges, en puisant sur les potentialités de la fibre optique à laquelle tous nos établissements sont raccordés depuis l’année dernière.

En une seule mandature, nous serons ainsi passés d’un département, il faut le reconnaître, plutôt en retard sur l’équipement numérique de ses collèges publics, à l’un des départements les plus en pointe au niveau national !

C’est en tout cas l’ambition que nous nous sommes donnés et nous sommes en train de remporter notre pari. Ce ne sont pas que des mots, vous le savez. J’en veux pour preuve exemplaire la transformation réussie du collège Marcel Pagnol, désormais rebaptisé collège Stephen Hawking à Fleury-sur-Orne. Nous avons restructuré tous les locaux, nous nous sommes battus pour redorer l’attractivité de l’établissement, nous avons largement contribué à la transformation urbaine du quartier. Et voilà qu’alors que le résultat au brevet des collèges de cet établissement n’était que de 41 % en 2014, il a plus que doubler aujourd’hui, en atteignant 86 % en juin 2019 !

Mes chers collègues, nos choix n’ont objectivement pas toujours été faciles à faire, nous nous en souvenons, certains ont même été douloureux et parfois, sur le moment, impopulaires. Il fallait pour les tenir, une vision de long terme, un cap clair, des équipes engagées et ne jamais perdre de vue l’intérêt général des Calvadosiens et celui des territoires. C’est sans aucun dogmatisme, sans idéologie sclérosante, mais avec beaucoup de méthode, d’engagement, de clarté et la volonté simplement d’être utiles aux autres, que nous menons notre projet de mandature. Bien vivre ensemble, c’est aussi bien faire ensemble.

Notre environnement économique reste bien sûr fragile, mais là aussi, certains bons indicateurs nous donnent des raisons de rester collectivement optimistes et de nous tourner vers l’avenir. Selon le baromètre des affaires des CCI de Normandie, l’indicateur global d’activité a progressé dans le Calvados, où il est redevenu cet été positif pour la première fois depuis 2017. Bien plus, le chômage a retrouvé dans le Calvados son plus bas niveau depuis 10 ans. Il y est même 0,6 point en dessous de la moyenne nationale et 0,4 point en dessous de la moyenne régionale. Ce signal positif sur le front du chômage conforte le léger reflux du RSA que nous observons depuis le début de l’année, et j’y vois, là aussi, un indicateur qui nous encourage à poursuivre les choix que nous avons faits dans notre nouveau plan départemental de l’insertion, lorsque nous avons décidé de faire de l’insertion professionnelle une priorité d’action publique. Conjugué à un marché immobilier très dynamique qui nous assure de rassurantes recettes, et à une dette départementale parmi les plus faibles de France, nous retrouvons nos capacités d’action d’avant la crise du début de cette décennie.

Sans jamais perdre de vue les difficultés territoriales et sociétales qui émaillent partout notre pays, en gardant toujours en mémoire les populations vulnérables et ceux qui souffrent, qui ont raison d’attendre beaucoup de nous, au regard des compétences du Département et de notre engagement à servir les autres, nous devons travailler prioritairement ensemble d’une part pour que le redressement de la conjoncture économique nationale profite pleinement au Calvados et aux Calvadosiens, en continuant d’investir de manière très avisée et de manière structurante, et d’autre part pour que nos actions publiques bénéficient au pouvoir d’achat des Calvadosiens, en continuant de mener les réformes nécessaires pour toujours améliorer nos services publics tout en diminuant nos coûts internes de gestion.

 

C’est suivant ces orientations que nous travaillerons, dans les semaines qui viennent, sur quelques grands dossiers, dans un calendrier particulièrement dense. Je pense par exemple dès fin octobre à la renaissance des Équidays, qui vont être un superbe festival du cheval dans tout le Calvados ; je pense à la transformation de nos Points Info 14 en les premières maisons France Services, pour lesquels le gouvernement nous a désigné cet été département-pilote au niveau national ; je pense à notre contribution au Grenelle contre les violences conjugales ou encore à la concertation que nous avons engagée avec les élus locaux du Calvados pour un retour raisonné, sur les tronçons routiers qui s’y prêtent, aux 90 km/h.

Dès à présent, dans le cadre de notre session, nous aurons à examiner ensemble 10 rapports. Outre un quasi-triplement de nos aides à la sécurisation routière, outre un rapport qui organise la convergence des tarifs de la restauration scolaire dans nos collèges, de sorte à ne laisser qu’environ un tiers du coût du repas à la charge des familles, et outre un rapport dans lequel nous exposons les engagements exemplaires de notre propre administration vis-à-vis des travailleurs handicapés, il y a trois rapports qui ouvrent me semble-t-il des perspectives particulièrement enthousiasmantes pour le Calvados.

Le premier d’entre eux vous exposera les grandes orientations d’une nouvelle ambition pour la mer, le nautisme et l’attractivité littorale dans le Calvados. C’est une véritable stratégie transversale, ambitieuse et imbriquant toutes nos compétences, qui vous sera détaillée. À l’issue de notre débat, dans quelques jours, j’espère que vous serez très nombreux à venir assister aux premières Assises départementales de la mer, du nautisme et de l’attractivité littorale que nous organisons le 3 octobre, en présence de toutes les forces vives des filières concernées. Il y sera question de la manière dont nous pouvons tisser un véritable lien entre notre littoral et notre arrière-pays, dont nous pouvons penser la transformation des sept ports départementaux en quasi « ports du futur ».

Le second rapport expose une stratégie de coopération entre le Département et l’Université de Caen Normandie, en mettant en valeur les nombreux liens qui nous unissent déjà et la manière dont nous pouvons les renforcer dans l’intérêt des étudiants, des équipes pédagogiques et, au-delà, véritablement je le crois, de l’ensemble des Calvadosiens. Cette stratégie me paraît être essentielle pour le développement économique de notre département. Il en va de ma conviction, vous le savez, que pour tenir les grands équilibres dans l’aménagement des territoires normands, il est indispensable d’assurer une surcompensation dans l’agglomération caennaise en matière d’enseignement supérieure et de recherche. Si de par ses compétences, notre Département est ici moins outillé que l’État et la Région pour concrétiser cette exigence, il peut tenir le rôle d’un cavalier léger qui va aiguiller ses partenaires institutionnels et révéler les stratégies gagnantes, dans l’intérêt général de l’ensemble des Normands. Notre Département est un maillon solide, sur lequel on peut compter, pour forger une alliance de territoire autour de l’université de Caen Normandie.

Enfin, le troisième rapport que je souhaitais souligner dans ce discours introductif, est celui relatif au devenir du château de Bénouville, une fois que nous aurons réintégré l’hôtel de Département. À première vue, la proposition qui pourrait vous être faite est d’y rassembler nos différents services en charge de la culture, puis d’ouvrir le château au grand public, dans l’ambition de converger peu à peu vers un établissement public de coopération culturelle, dont nous nous donnerons les moyens pour qu’il soit absolument exceptionnel et profite au plus grand public. Plusieurs d’entre vous m’en ont déjà parlé en rebond et je dois dire que je partage leur enthousiasme devant ce qui s’annonce comme le début d’une très belle aventure collective, au cours de laquelle nous veillerons à associer toutes les personnes qui souhaiteront apporter leur énergie et leurs idées.

 

Lors de son discours de rentrée, le président du Sénat, Gérard Larcher, exhortait à ce que le « local inspire le national ». J’ai la faiblesse de croire que c’est ce à quoi nous nous attachons, par nos travaux, au sein du conseil départemental du Calvados. Nous pouvons bâtir ensemble la preuve par l’exemple, que le rebond de notre République viendra de ses territoires et que la décentralisation est la meilleure voie pour rétablir la cohésion et la compétitivité de notre pays, sans en diviser les forces vives.

Il nous faudra continuer à l’affirmer, à le marteler parfois, devant un agenda législatif particulièrement dense, puisqu’il porte l’ambition d’ouvrir un acte 3 de la décentralisation, au travers du corpus de trois textes, le projet de loi Engagement et proximité porté par Sébastien Lecornu, le projet de loi Décentralisation, différenciation et déconcentration porté par Jacqueline Gourault et une révision constitutionnelle. Dans le même temps, il est question d’un projet de loi sur le grand âge, d’un projet de loi sur la protection de l’enfance, du projet de loi d'orientation des mobilités, d’une réforme de la fiscalité locale, d’un décret d’application pour donner concrètement corps à une agence nationale de la cohésion des territoires, ainsi que d’une concertation autour du revenu universel unique et d’un futur service public de l’insertion.

Le 89e Congrès des Départements de France se tiendra dans trois semaines, du 16 au 18 octobre prochain, à Bourges dans le Cher. Ce sera un espace politique important, pour positionner nos Départements sur l’ensemble de ces grands sujets législatifs, à un moment où il me semble, après avoir eu moi-même ces derniers jours plusieurs fois l’honneur d’en discuter avec des membres du gouvernement, que nous sommes de nouveau attentivement écoutés et où plusieurs de nos propositions du « New deal départemental » recueillent un écho favorable.

 

J’ai comme le sentiment que dans l’esprit d’une partie de l’exécutif national l’image des départements est en train d’évoluer très positivement.

Je vous rendrai compte, lors de notre prochaine session en novembre, de ces débats et de ce qu’ils impliquent pour notre Département. Pour l’heure, je vous souhaite à tous une bonne après-midi de travail sur les rapports de notre session, et je vous remercie pour votre écoute.

 

Discours prononcé par Jean-Léonce Dupont le 27 septembre 2019 à l'Abbaye aux Dames de Caen. Seul le prononcé fait foi.

Photo d'en-tête : © BIERNACKI Eric / Région Normandie

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