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Adoption du budget primitif pour 2021 - Discours introductif

Mes chers collègues, Je vous souhaite la bienvenue. Avant d’évoquer dans quelques instants les grands marqueurs de notre session budgétaire, je voudrais rendre hommage à deux de nos anciens collègues qui nous ont quittés en ce début de cette année.

mercredi 03 février 2021
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Je veux parler en premier lieu de Robert Halley, grande famille du monde économique normand et national à travers le Groupe PROMODES.
Robert avait été maire des Moutiers-Hubert de 1978 à 2001. C’est en 1991 qu’il s’était présenté aux cantonales et avait été élu avec succès dans son canton de Livarot ; et ce jusqu’en 2004. De par sa connaissance des milieux économiques, Robert Halley a toujours su, par ses avis et prises de position, avec son bon sens naturel éclairer notre collectivité départementale notamment au sein de la commission des finances, dont il était membre. Au-delà de son action d’élu et d’homme d’entreprise, Robert Halley savait donner de son temps et de son cœur aux personnes les plus fragiles, à travers son engagement pour l’Association Saint Vincent de Paul dont il fut un temps président.

Je souhaite également saluer la mémoire de Philippe Bernard, également décédé ces dernières semaines. Conseiller général du canton de Caen 5 à l’époque, il avait été élu en 1998 en succédant au conseiller général sortant, Serge Lezement dans ce canton d’Hérouville ; il était alors directeur de cabinet de François Geindre après avoir fait toute sa carrière professionnelle à la mairie d’Hérouville. Philippe Bernard était membre de notre commission de l’environnement et du littoral ; il ne fera qu’un seul mandat puisqu’il avait décidé de ne pas se représenter six ans plus tard en 2004.

Pour honorer et saluer la mémoire, le parcours de nos deux regrettés collègues, je vous remercie d’observer une minute de silence.


Nous sommes réunis afin d’adopter le dernier budget primitif de notre mandature. Du fait du couvre-feu, nous serons contraints de terminer chaque jour à 17 h. Je vous inviterai par ailleurs à la plus grande prudence lors de nos pauses-déjeuners car même si nous les organiserons dans le respect des recommandations sanitaires, nous savons que c’est alors que le risque d’exposition à la Covid-19 sera le plus fort. Je vous remercie par ailleurs pour votre vigilance constante envers tous les gestes barrières et je vous informe qu’une équipe de nettoyage viendra décontaminer notre hémicycle chaque midi et chaque soir. Naturellement, comme nous arrêtons à 17 h, je vous demande une capacité de synthèse dans les présentations et dans les échanges.

Du budget en lui-même, vous connaissez déjà l’essentiel. Il a été en grandes lignes discuté lors de notre débat d’orientations budgétaires, il y a de cela quatre semaines. Le détail de toutes nos propositions budgétaires vous est présenté in extenso cette année encore dans un document de 600 pages, dont vous êtes très nombreux à souligner la qualité et le sérieux. Ce niveau de présentation très complet n’est pas courant, il faut que vous en soyez conscients, sachant de surcroît que de nombreuses collectivités territoriales ne consacrent qu’une demi-journée à l’adoption de leur budget. Je vois depuis toujours dans la manière de voter le nôtre, un acte de transparence et de sincérité, qui permet à chaque conseiller départemental d’appréhender dans leur globalité nos actions publiques et de prendre conscience des équilibres complexes qui fondent notre budget.
Lors de notre débat d’orientations budgétaires, j’ai cru comprendre que cette année, personne ne contestera l’estimation de nos recettes et c’est un très bon point de départ pour deux raisons. La première, c’est qu’au bout de notre mandature, chacun aura donc fini par comprendre que les recettes que nous n’inscrivons pas, par prudence, dès le budget primitif en tout début d’année, nous les retrouvons de toutes les façons lorsqu’elles viennent à s’améliorer, lors des budgets supplémentaires de l’été et de l’automne. Or partir au budget primitif en n’inscrivant que les quatre cinquièmes des droits de mutation que nous avons perçus l’année dernière est, j’en suis convaincu, une approche raisonnable. Car si malgré la crise sanitaire et les confinements, l’immobilier n’a pas plié l’année dernière, le marché pourrait très bien flancher avec un temps de retard cette année.
La seconde raison pour laquelle je considère qu’il est une bonne chose de nous être mis de prime abord d’accord sur nos prévisions de recettes, c’est que nos débats vont donc pouvoir se tenir sur le fond de nos prévisions de dépenses, ce qui est plus intéressant. Je ne doute pas par exemple que, comme chaque année, certaines dépenses cliveront nos convictions politiques, c’est le cas typiquement nous le savons de l’engagement de la majorité départementale d’aider en investissement, quoiqu’assez marginalement dans le respect de la loi avec cette année de surcroît un enjeu de relance, les collèges privés et les maisons familiales et rurales. Plus globalement, nous pourrons débattre des grands équilibres de nos compétences, selon que l’on estime que l’on en fait peut-être pas assez pour tel domaine et qu’il faudrait donc alors ponctionner à tel autre domaine pour être plus conforme à ses convictions. J’insiste sur cette méthode, car si certains émettent des propositions de dépenses nouvelles, à recettes constantes, il leur faudra émettre simultanément des propositions de dépenses en moins, autrement nous aurions rapidement un problème de sincérité budgétaire.
En cela, il existe bien des manières de construire un budget, qui n’est certainement pas une solution unique. Mais le fait est qu’année après année, le Département du Calvados est reconnu par nos institutions de contrôle et les observateurs de la sphère publique, comme l’un des Départements les mieux gérés de France. J’en recevais encore récemment le témoignage du Préfet.
Au moment bientôt de clôturer notre mandature, la majorité départementale pourra être collectivement fière d’avoir tenu tous ses engagements, et même au-delà. Sans n’avoir jamais augmenté les impôts locaux, nous avons réussi tout à la fois à désendetter la collectivité de près de 40 % et à augmenter désormais structurellement nos investissements de près de 50 %. Nous avons toujours su contenir la masse salariale, tout en modernisant les pratiques professionnelles de très nombreux métiers, et nous avons réduit de l’ordre de 20 % nos moyens généraux, c’est-à-dire nos dépenses de structure. Cela nous a permis d’augmenter nos dépenses d’intervention au bénéfice des Calvadosiens et des territoires du Calvados, avec par exemple, une progression des crédits dédiés à la protection de l’enfance de +17 % depuis 2015. Surtout, cela dote le Département d’une très solide maquette budgétaire, grâce à laquelle nous pouvons aborder avec une certaine sérénité une année 2021 qui met pourtant en difficulté un grand nombre d’administrations publiques, tout en nous donnant la capacité d’organiser de véritables opérations de solidarité, comme au mois de décembre dernier, avec l’attribution de près de 20 000 chéquiers de 400 euros, au bénéfice des travailleurs fragilisés par la crise sanitaire et ce, sans jamais dégrader nos équilibres budgétaires.
Nous avons, grâce à nos décisions courageuses du passé, grâce à notre rigueur et à notre vigilance, apporté la preuve, ces dernières années, de notre capacité de sérieux, de résistance, d'expertise et avons fait preuve d'une certaine agilité, voire même, dans certains domaines, d'appétence, pour faire face aux évolutions ou prises en charge de nouvelles compétences.
Aujourd’hui, nous pouvons rester sereins en 2021 sur notre capacité financière à réagir à l’urgence et à la relance de l’activité. C’est au moins une raison d’espérer, au cœur d’une longue épreuve sanitaire, face à un virus qui est encore loin d’avoir dit son dernier mot.


Lors de notre débat d’orientations budgétaires, je présentais ce projet de budget comme étant tout à la fois un budget d’accomplissements et un budget de relance.
En matière d’accomplissements, nous passerons en revue, durant ces trois jours, la réalisation de très nombreux projets initiés durant notre mandature. Pour ne vous en donner que quelques illustrations, nous évoquerons la complétude des labellisations e-collèges, avec 24 établissements supplémentaires, faisant qu’en 2021, le Calvados sera l’un des départements français les plus en pointe et les mieux équipés en matière de pédagogie numérique au sein des collèges, ce qui n’était pas le cas en 2015. Soucieux de l’accessibilité des services au public et avec la conviction que les téléservices ne remplaceront jamais la chaleur humaine d’un guichet de proximité, nous ferons aboutir la couverture en Points Info 14 du Calvados, avec l’objectif d’obtenir, cette année, la labellisation intégrale en espaces France Services de ce réseau unique par sa densité et par sa qualité à l’échelle nationale. Nous inaugurerons de nouveaux équipements majeurs, que ce soit le nouveau parc de maintenance de nos matériels roulants à Carpiquet, les nouveaux ateliers portuaires à Honfleur ou encore, avec les collectivités locales partenaires, un pôle de santé à Caumont-sur-Aure, un équipement touristique à Clinchamps-sur-Orne, l’espace culturel des Franciscaines à Deauville, la villa du temps retrouvé à Cabourg et le musée de la mine au Molay-Littry. Plus d’une dizaine de collèges feront de front cette année l’objet d’importantes opérations de travaux, dont six s’achèveront, comme à Argences et à Tilly-sur-Seulles. Les travaux sur le nouveau foyer pouponnière à Fleury-sur-Orne battront leur plein, en vue d’une inauguration en 2022, tandis que les travaux démarreront au foyer occupationnel pour adultes de Graye-sur-mer et s’achèveront place Félix Eboué à Caen.
Nous connaîtrons le quasi-achèvement de l’aménagement numérique intégral du Calvados, grâce à notre réseau d’initiative publique Fibre Calvados Normandie. Ce vendredi, une ministre en visite dans le Calvados nous qualifiait de cinquième territoire le plus avancé de France ; sauf à ce qu’elle ait des informations plus récentes que celles publiées l’été dernier par l’Arcep, je crois en toute sincérité que nous sommes le quatorzième, mais lorsque j’observe que devant nous, il n’y a pratiquement que des départements urbains, portés par de grandes métropoles, comme Paris, Lille, Lyon et Marseille, je me dis que nous pouvons tout de même en tirer une certaine fierté. J’invite ici les Calvadosiens à faire encore preuve d’un peu de patience, car la construction s’achevant dans les prochains mois, la commercialisation va à son tour progressivement décoller, comme du reste cela s’est déjà observé en 2020, puisque nous avons multiplié par quatre le nombre d’habitants abonnés sur notre réseau.
En matière d’aide aux territoires, avec plus de 15 millions d’euros de crédits de paiement, nous connaîtrons un taux d’engagement de 100 % de l’enveloppe des contrats départementaux de territoire, validant pleinement la refonte que nous avons opérée en 2016, suivant une approche équitable et équilibrée entre les territoires, dont feraient bien de s’inspirer d’autres cofinanceurs publics. Ce ne sont pas moins de 224 projets structurants à l’échelle des EPCI et de leurs communes-centres qui sont actuellement accompagnés par le Département et 133 autres qui vont l’être prochainement, sans compter évidemment les centaines de projets locaux au sein des petites communes rurales.
Nous déploierons également cette année de nombreux équipements pour faciliter le métier des agents du Département, que ce soit des chariots de ménage ergonomiques et des auto-laveuses pour les agents d’entretien des collèges ou des équipements de mobilité pour les travailleurs sociaux, qui recevront tous des ordinateurs portables et des smartphones en 2021, afin d’être outillés pour aller désormais vers les usagers plutôt que l’inverse.
Parmi les grands marqueurs de ce nouveau budget, nous retiendrons sans doute collectivement aussi le lancement d’un plan territorial de gestion durable de l’eau et l’adoption d’un plan départemental des mobilités durables et d’un plan départemental pour l’égalité entre les femmes et les hommes. J’ai également à cœur la sécurisation de nos collèges publics ainsi que le lancement d’un audit sur la parfaite déontologie et la totale transparence de l’administration départementale, ce que l’on appelle la compliance.
J’évoquerai aussi, parce que l’urgence sanitaire ne doit pas nous faire oublier l’urgence climatique, l’engagement du Département à élaborer sa première stratégie pluriannuelle bas carbone, amplifiant nos bonnes pratiques déjà à l’œuvre et qui nous ont permis de baisser de 9 % nos émissions de gaz à effet de serre entre 2015 et 2019. Le fait est que, malgré la pandémie, jamais la question environnementale n’a disparu de notre préoccupation collective. Je me réjouis du reste qu’il en soit de même globalement dans notre pays. On l’a vu pendant le premier confinement et les réflexions sur « le monde d’après », plus sobre et plus résilient. La préservation de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique doivent toujours rester en haut de la pile, en imprégnant toutes les politiques publiques départementales. De même que nous les savons aujourd’hui enfin au cœur de la société. Au cœur de nos vies, personnelles et collectives. C’est un motif d’espoir. C’est une perspective de progrès, de changements et le Département sera, bien entendu, une fois encore au rendez-vous.
Nous entrerons, par ailleurs, dans le concret, vis-à-vis de notre ambition « coup-de-poing » pour assurer que tous les habitants du Calvados disposent rapidement d’une adresse postale complète, mais aussi vis-à-vis de nos dispositifs d’attractivité des médecins libéraux et de nos premiers parcours numériques enrichis dans les espaces naturels sensibles. Surtout, 2021 verra la mise en œuvre des actions prévues dans le cadre de notre nouveau schéma départemental de l’enfance et de la famille, adopté en novembre dernier et dont je vous disais, début janvier, que nous allions fortement accélérer le calendrier de réalisation afin de répondre à l’augmentation subite des situations de détresse qui commencent à se faire jour des suites des confinements de 2020.
Vous voyez que, loin d’un simple projet de reconduction à la veille des élections départementales, nous travaillons avec passion et engagement jusqu’au bout de l’actuelle mandature, dans l’intérêt des Calvadosiens et des territoires.
En matière de relance, avec environ 150 millions d’euros en investissement, le Département sera en capacité d’ouvrir des perspectives à nos entreprises pour les années à venir. Mais au-delà, comme je m’y étais engagé début janvier, vous sera présenté le troisième volet de notre plan départemental de relance sociale et économique, qui s’incrémente ainsi dynamiquement pour faire face aux situations de fragilités qui se font progressivement jour. Dans ce nouveau volet, il est question d’une mobilisation exceptionnelle du Département en faveur du secteur de l’insertion par l’activité économique, venant compléter les moyens déjà largement augmentés que nous consacrerons cette année à la lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion, puisque de budget à budget, ces moyens augmentent de 16 millions d’euros, soit plus de 14%. Nous créerons près de 300 places d’insertion professionnelle pour les bénéficiaires du RSA proches de l’emploi, qui s’additionneront à la création de 450 places supplémentaires en matière d’insertion socio-professionnelle et des 600 places supplémentaires en matière d’insertion sociale, sans compter l’aide que le Département apportera à ses partenaires traditionnels, les CCAS, les Missions locales, les Pôles locaux d’insertion économique, pour qu’eux-mêmes puissent augmenter leurs capacités d’accompagnement. Je pense pouvoir dire que jamais un tel effort n’avait été engagé dans le Calvados, à la dimension sans doute d’une crise, elle aussi, sans précédent.
Ce nouveau volet de notre plan de relance sociale propose par ailleurs de créer immédiatement 30 places d’accueil éducatif à domicile, apportant une première réponse quasi-immédiate à la saturation de nos dispositifs de protection de l’enfance à laquelle nous sommes conjoncturellement confrontés, comme actuellement l’ensemble des Départements français. Je souhaite ici apporter, en notre nom à tous, notre reconnaissance pour le travail remarquable qui a été accompli par l’administration départementale, en des temps si resserrés.
Le troisième volet de notre plan de relance départemental se complète par des mesures de soutien et de relance à l’activité. Je vous proposerai notamment de doubler exceptionnellement en 2021 nos aides aux clubs sportifs du Calvados, car ils subissent conjoncturellement une forte baisse du nombre de leurs licenciés et je pense qu’ils peuvent être, dans le diffus de nos territoires, des relais essentiels afin, le temps venu, de participer à la reconstruction d’un lien social abîmé. Dans le même esprit, je vous proposerai de créer une vingtaine de résidences d’artistes, tant en arts vivants qu’en arts visuels, couvrant tout le Calvados comme à Pont-l’Évêque, à Saint-Germain-d’Ectot, à la Pommeraye, à Douvres-la-Délivrande, à Falaise, avec la conviction, là aussi, que la culture est en réalité essentielle, surtout en ces temps troublés que nous traversons.


Globalement, augmenté de ce nouveau volet de notre plan de relance, notre budget primitif 2021 s’équilibre à 799 millions d’euros, c’est-à-dire pratiquement 800 millions d’euros, niveau historique qui démontre tout le poids de notre collectivité. Mais n’oublions pas, chers collègues, que ce budget a été construit dans l’environnement qui a été le nôtre durant l’été et l’automne derniers. Depuis lors, cette année plus que jamais, beaucoup de choses ont évolué, la crise s’est développée sans que ses impacts sur notre budget ne soient encore complètement visibles. Au moment où de nouvelles formes de la maladie apparaissent, plus contagieuses, contraignant des pays à des reconfinements stricts de la population, il apparaît évident que ce projet de budget reste soumis à des aléas importants, tant en recettes qu’en dépenses, qui nous amèneront à des ajustements.
Il nous faut avoir à l’esprit, par exemple, qu’en cas de troisième confinement, Bercy anticipe une chute d'activité comprise entre 10 et 18 %. L'objectif d'une croissance de 6 % en 2021 serait nécessairement caduc. De 6 milliards aujourd'hui, le coût mensuel des mesures gouvernementales d'urgence pourrait être porté dans une fourchette comprise entre 15 et 20 milliards d’euros.
Nous sommes en outre à l’orée d’une nouvelle mandature, en reformulant le vœu que les élections départementales puissent bien se tenir en juin prochain.
C’est pourquoi, cette année probablement davantage que les autres, nous avons construit le budget primitif de sorte à ce qu’il puisse être facilement amendé ce printemps ou cet été, lors de la décision modificative n°1. Sans doute devrons-nous à cet horizon revoir encore à la hausse nos crédits sociaux et j’espère qu’il ne nous faudra pas, simultanément, revoir à la baisse nos recettes.

Le printemps prochain est aussi l’horizon lors duquel nous pourrons engager le Département auprès de l’État, pour territorialiser le plan France Relance qui prévoit que chaque territoire soit accompagné pour décliner dans le cadre de ses compétences, un projet de relance et de transition écologique à court, moyen et long termes. Nos discussions avec la Préfecture du Calvados avancent très bien, nous pouvons dire qu’il s’observe aujourd’hui de très nombreux points de rencontre, à commencer par la pleine reconnaissance du Département comme un acteur majeur, de premier plan, de l’aménagement durable du Calvados. J’estime que l’accord d’entente entre le Département et l’État autour du projet France Relance pourrait nous faire bénéficier de plus de 20 millions d’euros de recettes nouvelles, au bénéfice de la prospérité des Calvadosiens.
Je suis en revanche beaucoup moins certain que l’État parvienne, d’ici à l’été prochain, à faire aboutir le projet de contrat de plan État-Région, pour lequel il m’est aujourd’hui toujours impossible de vous dire à quelle hauteur pourrait se situer la contribution de notre collectivité. Je conditionne par ailleurs cette contribution au fait que le contrat de plan État-Région soit véritablement équilibré, c’est-à-dire qu’il ne concentre pas excessivement les moyens sur l’Axe Seine comme il m’est permis de le redouter à ce stade. L’ancienne Basse-Normandie mérite une même attention que l’Axe Seine, ce qui doit passer de mon point de vue, vous m’en avez déjà entendu parler, par une hyper compensation en matière d’enseignement supérieur et de recherche, la Normandie de l’Est concentrant les investissements en matière de développement économique et d’infrastructures lourdes de transport. Rendez-vous en théorie, d’ici l’été prochain.
Malgré ces quelques incertitudes, je peux affirmer que notre budget est sincère, qu’il nous permet d’anticiper et de répondre au mieux à la situation telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Après le quoi « qu’il en coûte » de 2020 et le « quoi qu’il advienne » de 2021, j’espère qu’il sera prochainement permis à notre pays de se projeter pleinement dans l’avènement de ce que le Président de la République a appelé lors de ses vœux, un « nouveau matin français ». Un véritable nouvel acte de décentralisation sera alors, en mon sens, nécessaire pour retrouver la compétitivité de nos territoires et réparer un lien social au bord de la fragmentation.

À cet égard, la crise sanitaire aura, à tout le moins, accélérer une sorte de retour de balancier : là où il n’était encore question, récemment, que de regroupements à grande échelle, la « proximité » est redevenue aujourd’hui le maître mot. Preuve a été faite que si l’on peut gouverner de loin, on n’administre bien que de près.
Ce n’est pas un hasard si le Premier ministre a récemment taillé en pièce le redécoupage territorial, en évoquant, je le cite « ces immenses régions dont certaines ne répondent à aucune légitimité historique et surtout pas aux besoins croissants de nos concitoyens pour une action publique de proximité ».
Ce n’est pas un hasard, non plus, si la Cour des comptes, dans son rapport publié le 15 décembre, dresse un premier bilan sévère sur les métropoles. La juridiction financière estime que la création de cet échelon n’a finalement pas l’efficacité attendue. L’intitulé du rapport résume à lui seul l’appréciation de la Cour : je cite « Un premier bilan peu convaincant ». La montée en puissance des métropoles devait contribuer à la structuration et au rayonnement de leur territoire par le phénomène de « ruissellement ». Selon la Cour des comptes, il est impossible d’étayer que cet objectif ait été atteint et on peut craindre que le passage en statut de métropole n’ait rien changé, pour les habitants et en matière d’efficacité.
C’est au point qu’il faudra un jour se poser avec courage la question de savoir à quoi servent les 13 Régions XXL dans la France des 23 métropoles ?
La place en tout cas des Départements, maille idéale pour administrer en proximité, dans l’apaisement, le pays par un découpage en une centaine de territoires respectant les identités et les dynamiques locales, ne me semble ne plus devoir faire de doute.
J’entends en cela les discours nouveaux du Président de la République, du Premier ministre et de la Cour des comptes. J’aimerais simplement que ce discours distille un peu plus au sein des instances de l’État et de l’ensemble des membres du gouvernement.
Le problème tel que je le perçois, c’est que les gouvernements successifs ont perdu la vision d’ensemble. On s’intéresse à des compétences, parfois à des bouts de compétences, plutôt qu’à des domaines globaux d’action publique. Il faudrait plutôt en revenir à deux principes essentiels : d’une part, que l’État se retire totalement des compétences qu’il a décentralisées, conformément à la recommandation phare du rapport Cap 2022. Je doute que ce soit aujourd’hui son intention dans les domaines de la protection de l’enfance, du handicap, du grand âge ou encore de la transition écologique ; d’autre part, que nos gouvernants appliquent avec sincérité, en s’appuyant sur de véritables études d’impact, le principe de subsidiarité – qui n’est ni plus ni moins, qu’un principe de pertinence, d’efficacité et de cohérence.


Juste avant de conclure mon propos, parce que la vie de notre assemblée est aussi celle des collaborateurs qui nous documentent et mettent en œuvre nos décisions, permettez-moi de vous présenter celui qui prendra ses fonctions, le 1er mars prochain, en qualité de directeur général adjoint en charge de l’aménagement et de l’environnement, en succession de Jean-Jacques Rauline. Franco-espagnol, Jésus Rodriguez est actuellement DGA « ville et environnement » à la communauté urbaine de Dunkerque, où il encadre 750 personnes et gère les politiques d’aménagement, de développement durable, de mobilité, de cycle de l’eau, de gestion foncière, de maîtrise d’ouvrage d’équipements, de maintenance…
À nos côtés, il aura de très beaux défis à relever. Celui de porter la modernisation de nos ports départementaux, de penser les routes plus sûres et durables de demain, de répondre aux fortes attentes en matière de mobilités douces, de conforter le leadership du Département dans le domaine de l’eau. Il aura aussi à faire aboutir le projet Fibre Calvados Normandie, le plan départemental d’alimentation durable et notre stratégie pour le bois-énergie, à porter haut nos ambitions pour l’environnement et nos espaces naturels sensibles, à participer à l’aménagement de fonciers notables… En notre nom à tous, je lui souhaite la bienvenue dans notre beau département et lui souhaite pleine réussite dans l’accomplissement de ses missions.
J’ai dans le même temps une pensée pour Jean-Marie Pouliquen, notre directeur général adjoint en charge des solidarités sociales, qui partira à la retraite à la fin du mois de mars. Il a été, et il est encore pour quelques semaines, un pilier de l’administration départementale, largement reconnu pour son expérience et sa compétence. Mais je n’en dis pas plus car nous aurons l’occasion bientôt de saluer comme il se doit son départ et de lui rendre l’hommage appuyé qu’il mérite.


Mes chers collègues, vous seuls pourrez au cours de ces trois journées, par vos votes, décider des moyens pour mettre en œuvre les actions publiques et les dispositifs dont je viens de vous faire sommairement la présentation.
Au cœur d’une crise sanitaire dont nous ne voyons toujours pas le bout, pensons à cette population anxieuse dont le destin est le véritable enjeu de nos débats, à ce pays inquiet qui nous observe et qui attend certainement beaucoup de nous. Mes chers collègues, travaillons ensemble pour contribuer, à l’échelle de notre département, à lui rendre l’espoir, les forces, la fraternité qui assureront son redressement et sa rénovation.
Je vous remercie de votre attention.

Discours prononcé par Jean-Léonce Dupont le 3 février 2021 à l'Hôtel du Département de Caen. Seul le prononcé fait foi.

Photo d'en-tête : L'assemblée départementale le 3 février 2021. / © CD14

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