Vue de l'Abbaye aux Dames et de son parc à Caen. / © BIERNACKI Eric / Région Normandie

Allocution lors de la réunion du Conseil Départemental du lundi 10 décembre 2018

Chers collègues, Nous nous réunissons encore une fois, en ce lundi 10 décembre, dans cet hémicycle que le président de la Région Normandie, Hervé Morin, met gracieusement à notre disposition le temps des travaux sur notre hôtel de Département. En votre nom à tous, comme j’en ai pris l’habitude, j’ai donc le plaisir d’introduire notre session en l’en remerciant très sincèrement. C’est d’autant plus important qu’il faut reconnaître que nous finissons par faire un usage très intensif de cet hémicycle, dans lequel nous étions déjà réunis il y a moins d’un mois et dans lequel nous nous réunirons de nouveau d’ici quelques semaines.

lundi 10 décembre 2018
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Notre session va être très essentiellement consacrée à notre débat d’orientations budgétaires, afin de préparer le budget de l’année prochaine, dont je vais vous dire naturellement quelques mots. J’en profite pour vous demander de bloquer sur vos agendas les lundi 4, mardi 5 et mercredi 6 février pour l’examen de notre budget 2019.

Je viens d'apprendre, il y a quelques jours, la nomination de notre collègue Michel Roca, dans l'Ordre National du Mérite, au grade de Chevalier ; et je voudrais, en mon nom personnel, au nom de notre amitié  et au nom de l'Assemblée départementale, très sincèrement, lui adresser toutes nos félicitations.

Aujourd'hui maire de la commune nouvelle de Valdallière, conseiller départemental du canton de Condé-sur-Noireau et vice-président en charge de notre commission "Enfance, famille, logement et insertion", Michel consacre toute son énergie, ses compétences et ses qualités humaines, au service de ses mandats locaux puisqu'il est, depuis 2015, en retraite.

Le parcours de Michel, en tant que médecin généraliste en milieu rural, mais aussi comme médecin-colonel des sapeurs-pompiers, a démontré tout son engagement au service de nos populations et plus particulièrement des personnes en difficulté.

Véritable Saint-Bernard de l'action publique, de jour comme de nuit, il a toujours été disponible pour les autres, tant pour ses patients que pour les interventions d'urgence, répondant à l'appel du Samu ou des pompiers.

Son action au service de l'intérêt général, toujours en proximité des habitants est aujourd'hui saluée par cette nomination qui honore sa vie publique et civile.

Au-delà de cet engagement profond au service des autres, Michel défend une vraie vision de l'avenir des territoires, comme en témoigne la création de cette commune nouvelle.

Aujourd'hui, au sein de notre collectivité, sans pour autant mettre de côté son sourire et son humour qu'on lui connaît, Michel Roca, vous le savez, par les responsabilités qui sont les siennes chez nous, partage avec nos services de la solidarité, des dossiers et des missions lourds de sens et d'engagement, toujours au plus près des Calvadosiens qui ont le plus besoin de notre soutien, de notre accompagnement, dans leur quotidien.

Encore bravo, cher Michel, pour cette distinction pour laquelle tu mérites nos applaudissements.

 

Mais avant que d’aborder ce débat, il y en a un autre, d’une tout autre échelle, qui traverse notre pays depuis le 17 novembre et dont la gravité ne peut que tous nous inquiéter.

Bien sûr, je parle là du mouvement des « gilets jaunes ». La contestation est née, au tout début, du simple refus de la hausse annoncée de la fiscalité sur les carburants pour financer la transition écologique. Mais exacerbée par la question du pouvoir d'achat, sur fond de mépris ressenti par nombre d'habitants des zones rurales et périurbaines, elle est en passe de se muer en une crise majeure de la démocratie et des institutions mêmes de notre République.

Il y a eu des débordements graves et violents, qu’il faut strictement condamner. De samedi en samedi, après des semaines émaillées par des blocages quotidiens un peu partout sur le territoire, la violence monte chaque fois, me semble-t-il, d'un cran. Paris a été le théâtre de véritables scènes de « guérilla urbaine ». L’Arc de Triomphe a été tagué et saccagé, les grilles du jardin des Tuileries ont été arrachées, des dizaines de véhicules incendiés, des magasins pillés... Au Puy-en-Velay, la préfecture a été partiellement incendiée, fait symbolique évidemment fort et heureusement rare mais très inquiétant dans une République. Des affrontements violents ont aussi eu lieu à Toulouse, Calais, Tours, Saint-Etienne, et le week-end dernier Bordeaux. À Lyon, le plan Orsec a été déclenché. Des menaces de mort ont été proférées à l’encontre de divers représentants nationaux de la nation, tout autant qu’à l’encontre de plusieurs gilets jaunes eux-mêmes, parce qu’ils avaient été invités à une réunion à Matignon.

Nous-mêmes dans le Calvados, en tant que gestionnaires de la voirie départementale, nous sommes en passe de subir plus de 200 000 euros de dégâts et de dégradations, tout en maintenant mobilisés pour un cumul de près de 1 000 heures supplémentaires, nos agents d’exploitation des routes. Également, l’un de nos collègues a été agressé je crois à la bombe lacrymogène, il y a quelques jours.

Tout cela est vrai, c’est le visage malheureux du mouvement. Mais nous qui sommes des élus de proximité, nous qui avons ce lien très direct avec les habitants de nos cantons, nous qui sommes cinquante d’entre eux autant qu’ils sont 709 436 d’entre nous, nous savons que le mouvement des « gilets jaunes » est fondamentalement un mouvement pacifique. Il ne se réduit pas à ces débordements, quel que soit le niveau d’excès inacceptable de ces derniers.

Nous pouvons témoigner des femmes et des hommes qui défilent quasi quotidiennement en gilet jaune, car vous le savez bien, ils sont nos voisins et nos commerçants de proximité, des mères et des pères de famille que nous connaissons. La foule bien sûr génère sur eux un effet d’entraînement qui les conduit parfois à dépasser leurs intentions.

La seconde erreur serait de croire que le mouvement est marginal, en voie d’essoufflement, considérant qu’au fond il n’y a dans tout le pays que quelques dizaines de milliers de manifestants. C’est vrai, il n’y a eu samedi dernier « que » 136 000 manifestants contre 166 000 le 24 novembre. Mais ce n’est pas un mouvement traditionnel, encadré par des corps intermédiaires et notamment des syndicats rompus à l’organisation de manifestations classiques. Ceux qui manifestent ne sont, me semble-t-il, que la pointe de l’iceberg.

C’est un mouvement sans leader, né sur les réseaux sociaux, inédit à cet égard, et qui y vibre toujours avec une très forte intensité. C’est un mouvement qui s'appuie, selon les sondages, sur le soutien, pour l’instant, à peu près constant de 70 à 80 % de l'opinion publique, ce qui est tout de même extrêmement élevé et ne peut nous laisser indifférent en tant qu’élus locaux.

Je ne cherche pas à asseoir le mouvement en en rendant ainsi compte ici. Avec l’impartialité et la dignité de mon rôle de représentation des habitants du Calvados, je ne souhaite vraiment qu’une seule chose : que le gouvernement prenne la juste mesure de la colère qui anime le pays, et surtout qu’il ne choisisse pas de favoriser le pourrissement de la situation d’ici à espérer un essoufflement des gilets jaunes, car l’effet serait en mon avis totalement contraire.

À partir de là, si on reconnaît que le mouvement des gilets jaunes est intense, profond quoique protéiforme, et qu’il est fondamentalement animé par une population que je vais qualifier de « régulière », et pacifique, soutenue par l’opinion publique, alors peut-être se donne-t-on la possibilité d’écouter, de comprendre et de défaire le climat de défiance qui s’est installé.

Il y a urgence. J’ai quelque fois l’impression que La France est en train de se tirer une balle dans le pied. Rendez-vous compte. L’année 2018 aura été marquée au printemps, entre avril et jusqu’à fin juin, par une terrible grève de la SNCF, et accessoirement d’Air France, et elle est en passe de s’achever sur un mouvement qui voit peu à peu converger la grève des lycéens depuis le 30 novembre, la grève des transports routiers depuis le 9 décembre, ainsi qu’une mobilisation qui commence à frémir chez les étudiants et dans la fonction publique territoriale à l’appel de certains syndicats.

L’addition des colères pourrait faire, vous le savez, basculer le pays tout entier et nous jeter dans l’inconnu.

En novembre, le moral des ménages a atteint son plus bas niveau depuis février 2015. Alors que le gouvernement table sur un frémissement timide de la croissance française en 2019, ce qui est une donnée importante pour comprendre tout à l’heure l’environnement de notre débat d’orientation budgétaire, le mouvement des gilets jaunes risque de peser sur la consommation et donc sur l'activité, en poussant les Français à accroître leur épargne de précaution. Déjà, on entend dire qu’il faut s’attendre à une baisse de 15 à 25 % des transactions dans la grande distribution, une chute de 20 à 40 % dans le commerce de détail et de 15 % pour certains marchés de gros et de marchandise fraîche. De nombreux commerçants et artisans ne se relèveront pas si leur chiffre d’affaires, qui se joue parfois sur quelques semaines entre novembre et décembre, ne se rétablit pas désormais très vite.

Pour apaiser les tensions, il faut, je crois, décrypter que le nœud de cohésion du mouvement, au fond, c’est avant toute chose un ressentiment accumulé, dû à un manque de considération au plus haut niveau de notre République. Une batterie de petites phrases bien maladroites et des postures un tant soit peu distantes, ont été vécues par une frange de la population française comme des provocations symboliques. Elles ont, me semble-t-il, avivé une colère latente. Nous-mêmes, que ce soit dans notre assemblée départementale, au Congrès des Départements de France ou lors de l’Appel de Marseille aux côtés des autres grandes associations d’élus locaux, nous n’avons eu de cesse d’alerter le gouvernement sur sa trop forte verticalité, sur sa déconnexion vis-à-vis des réalités de terrain, sur son désir presque romanesque de bâtir un monde nouveau au risque d’ignorer ou même de dénigrer beaucoup de l’héritage et de l’équilibre du monde d’aujourd’hui.

La tâche du Président de la République, dans un pays hyper endetté et qui doit absolument être profondément réformé, n’est pas facile. Il y a bien des propositions et des actions qu’il engage avec lesquelles je suis d’accord, et même je crois pouvoir dire, nous sommes tous d’accord.

C’est une sorte d’affrontement entre le haut et le bas, vous le savez ce qu’on appelle le top-down, auquel nous assistons, direct car non amorti, non organisé, non canalisé par des corps intermédiaires ou des organisations collectives.

C’est cela qui m’inquiète aujourd’hui le plus, tant cette situation en dit long sur l’état de nos institutions. Avec le développement des moyens modernes de communication, avec l’émergence d’une société de l’information, permanente et immédiate, avec l’avènement d’une sorte de modernité individuelle, formée par des citoyens ayant achevé de conquérir leurs libertés fondamentales et de s’affranchir de bien des carcans sociétaux, on aurait pu croire que nous nous dirigerions vers une démocratie mature, douce, plus participative et délibérative. Cela pouvait apparaître comme allant dans le sens de l’Histoire.

Au lieu de cela, la politique sans corps intermédiaire nous fait rentrer de plein fouet dans une démocratie plus que jamais immature, composée d’individus submergés par leurs colères. Telles que les choses se présentent, il n’est pas dit que la « République 3.0 » ait beaucoup à gagner en démocratie. Au contraire, il semble même qu’elle porte en elle les germes d’un certain populisme. Je partage les propos de Claude Malhuret prononcés il y a quelques jours au Sénat sur le fait que sur les réseaux sociaux, la devise semble être « je hais donc je suis ».

Ce n’est pas propre à la France. Cela procède de quelque chose de plus général, nourri par les vérités alternatives de Donald Trump, Jair Bolsonaro, Victor Orban….

Chers collègues, portons ensemble le rappel que les intermédiaires politiques sont peu ou prou des garanties démocratiques, des sortes de modérateurs face à une éventuelle démocratie directe, voire immédiate. Mus par l’amour que nous portons pour nos territoires et les habitants qui les composent, mus par notre engagement de diligence, de dignité, de probité et d’intégrité, faisons vivre ensemble la plus belle des démocraties, celle de l’action publique locale qui reste encore, il me semble, un champ immense et enthousiasmant, un champ à cultiver, où le bon laboureur peut encore faire lever le grain d’un avenir collectif et fertile.

Pour sortir de la crise qui traverse notre démocratie, au niveau national, je porterai dans cet esprit le conseil de redonner pleine vie aux collectivités territoriales et à la représentation élue au scrutin universel direct d’assemblées de citoyens, telles que celle que nous composons ensemble aujourd’hui et qui reste l’héritage vibrant de la Révolution française.

L’État central, hors régalien, doit fondamentalement se réformer et faire sa véritable mutation culturelle aboutissant à une relation de confiance dans les collectivités locales.

Au niveau local, vous me connaissez assez pour ne pas être surpris de ce message, puisse chacun garder toujours pour unique finalité l’intérêt général du territoire qu’il représente à l’échelle globale de sa collectivité territoriale, et mettre son énergie dans la réalisation concrète de politiques publiques lisibles, davantage que dans la communication de ses intentions. Puisse chacun reconnaître que l’action publique est souvent complexe, à l’image des sujets qu’elle adresse, et que ses effets ne sont que rarement immédiats, sans pour autant renoncer ni à la pédagogie, ni à la juste conjugaison politique entre le court terme et le long terme.

Dans ce paysage troublé, j’ai du moins un certain espoir. C’est que quelque part, les Départements peuvent apparaître comme résolument modernes. Avec une véritable légitimité démocratique, avec encore aujourd’hui une réelle autonomie locale pour adapter les politiques publiques à la réalité d’un territoire, avec une juste échelle entre le local et le national, les Départements peuvent être les piliers résilients pour reconstruire ensemble, une belle et intégrative République des territoires.

 

Encore faut-il qu’ils en aient demain encore les moyens. À cet égard, il faut reconnaître que la situation est très contrastée d’un Département à un autre et que beaucoup envient celle du Département du Calvados.

Et pour cause. Au sortir d’une décennie marquée par la crise financière, notre Département est en passe de solidement rétablir ses marges budgétaires. Sébastien Leclerc, Xavier Charles et Claude Leteurtre vous exposeront tout à l’heure les grands équilibres de notre débat d’orientation budgétaire pour l’exercice 2019. Retenons d’ores et déjà quelques marqueurs.

Notre épargne de gestion va progresser de 17 %, c’est trois fois mieux que la moyenne des autres Départements, et notre épargne nette progressera même de plus de 50 % ! Par suite, nos investissements vont augmenter de 20 %, c’est quatre fois plus que la moyenne des autres Départements et cette hausse se prolongera encore l’année suivante jusqu’à nous permettre d’atteindre, si l’environnement économique se maintient, une capacité d’investissement de 150 millions d’euros par an. Notre endettement va diminuer de 11,5 %, c’est sept fois mieux que la moyenne des autres Départements, et à cet égard d’ailleurs, notre dette se confirme comme l’une des plus performantes et maîtrisées de France, puisqu’elle est totalement sécurisée, au taux moyen de 1,7 %, et elle est désormais 40 % inférieure à la dette moyenne des Départements de notre strate.

Ces paramètres nous permettent de présenter un budget globalement en hausse de 3,7 %, ce qui représente tout de même une marge nouvelle de 28 millions d’euros, tout en respectant parfaitement le plafonnement légal de nos dépenses réelles de fonctionnement. Vous savez que ce plafond est fixé par le législateur à 1,2 % par an. Dans le budget que nous préparons, nous sommes à 0,3 % ou 0,9 %, selon que l’on retraite ou pas les dépenses obligatoires que nous engagerons pour suivre l’augmentation toujours vertigineuse du nombre de mineurs étrangers non accompagnés que nous devons mettre à l’abri.

En matière de fonctionnement, la hausse de nos dépenses courantes se limitera à 6,5 millions d’euros, qui s’expliquent par seulement trois choses :

  • d’abord et principalement, la prise en charge de ces jeunes migrants à hauteur de 4,5 millions d’euros, soit plus des deux tiers de l’évolution de notre budget de fonctionnement ;
  • puis la hausse forfaitaire du RSA à hauteur de 1,2 million d’euros ;
  • enfin la hausse de la masse salariale contenue à hauteur de seulement 1 million d’euros.

L’augmentation de nos dépenses de fonctionnement sera donc, vous le comprenez, très essentiellement le fruit de décisions exogènes qui s’imposent à nous. Nous avons calculé que depuis 2009, la pression des normes nationales sur les Départements a pesé pour 8,8 milliards d’euros. En 2018, ce ne sont pas moins de 355 projets de textes qui ont été examinés par le Comité national d’évaluation des normes. 

Tenez, par exemple, rien que la mise en place du prélèvement à la source nous coûte 240 000 euros. Le retrait sec de l’État sur la maintenance et l’équipement informatiques des collèges nous coûte 330 000 euros. La dématérialisation obligatoire de la chaîne comptable nous coûte 400 000 euros.

Alors après, l’État a bon dos de présenter de son côté pour l’année prochaine un budget dont la hausse est limitée à 0,6 %, histoire de montrer qu’il se donne une contrainte deux fois plus difficile que celle qu’il impose aux collectivités territoriales. Sauf que, dans cette contrainte, les dés sont pipés. D’une part, parce que beaucoup des dépenses courantes de l’État se sont donc défaussées sur les collectivités territoriales. D’autre part, parce que de son côté, l’État a plafonné la hausse des minima sociaux dont il a la charge (que ce soit les APL, les allocations familiales ou encore les retraites) à 0,3 %. En revanche, le RSA, qui est payé je le rappelle par les Départements, augmentera lui au même niveau que l’inflation, soit probablement de 1,3 %.

La relation entre l’État et les collectivités territoriales reste profondément insincère. J’en veux une autre illustration. Le 13 septembre 2018, le chef de l’État a dévoilé son « plan pauvreté ». Il y annonce une obligation nouvelle pour les Départements d’accompagner tous les jeunes majeurs de 18 à 21 ans sortis de l’aide sociale à l’enfance. Qu’il y ait là un besoin, je suis tout à fait d’accord. Car entre la fin de l’obligation d’aide sociale à l’enfance à 18 ans et l’acquisition des droits au RSA à 25 ans, il y a comme un trou dans la raquette. On ne peut raisonnablement pas demander à des jeunes parmi les plus fragiles de notre société, d’acquérir le jour de leurs 18 ans d’un coup leur pleine autonomie.

Sauf que derrière le constat partagé et l’élan que tous les Départements forgent avec le chef de l’État, il s’avère que l’objectif n’est que de suivre 3 000 jeunes dans toute la France, avec une enveloppe de 50 millions d’euros pour toute la France.

J’ai fait un rapide calcul, vous pouvez le faire aussi. Le Calvados pèse 1,1 % de la population française. Proportionnellement, la prise en charge des 18-21 ans à l’aide sociale à l’enfance se réduirait donc chez nous à… seulement 33 jeunes ? Par ailleurs, l’expérience nous permet d’affirmer qu’une telle prise en charge coûte en moyenne 30 000 euros par an et par jeune. Mais alors dans ce cas, ce n’est pas 50 millions d’euros qu’il faudrait pour suivre 3 000 jeunes, mais 90 millions d’euros.

Tout cela, je vais vous le dire, ce ne sont que des annonces, du marketing politique, et les Français, qui en ont bien conscience, n’en peuvent plus.

Entre temps, et heureusement, les Départements agissent. Il se trouve qu’ils prennent déjà en charge 21 000 contrats jeunes majeurs. Le nôtre en a même 278 actuellement, à lui seul, dont 110 contrats pour de jeunes migrants. C’est donc pratiquement huit fois plus que l’objectif, soit disant nouveau, que nous donnera l’État l’année prochaine.

Et tout va ainsi. Quand d’un côté l’État met en place un fonds de secours de 115 millions d’euros qui profitera aux Départements les plus en difficulté, au même moment il décide unilatéralement de l’augmentation du RSA qui coûtera pratiquement autant à l’ensemble des Départements.

Si nos perspectives budgétaires pour l’exercice 2019 sont favorables, il nous faut donc de nouveau savoir raison garder et rester prudents. La réforme annoncée de la fiscalité locale, l’accroissement de la péréquation horizontale, le transfert mal compensé de nouvelles compétences ou le simple retournement du marché de l’immobilier peuvent en quelques mois bouleverser nos équilibres actuels.

Très concrètement, un amendement adopté jeudi dernier dans le projet de loi de finances va nous ponctionner 2,6 millions d’euros supplémentaires afin de les reverser à d’autres Départements, au titre de la péréquation horizontale, ce que nous n’avions pas intégré dans les simulations qui vous ont été adressées il y a quinze jours. C’est le revers de notre bonne santé budgétaire, ne nous en plaignons pas, mais vous voyez que les équilibres peuvent rapidement être modifiés.

Pour l’heure, ce qui est certain, c’est que l’année prochaine nous n’augmenterons toujours pas les impôts locaux, tenant là notre engagement de ne pas les augmenter tout au long de notre mandature, afin de préserver le pouvoir d’achat de nos concitoyens. Les cinq Départements normands ont pris conjointement le même engagement, mais je peux vous dire que ce n’est plus le cas d’une majorité de Départements.

Définitivement, avec la baisse de ses dépenses de structure, la hausse de son épargne et de ses investissements, son désendettement, le gel des impôts locaux et la performance reconnue de son dialogue de gestion, nous pouvons affirmer avec de très nombreux observateurs et analystes nationaux, que notre Département est l’un des mieux gérés de France.

Nous en récolterons le fruit, en réussissant l’année prochaine à augmenter de 15 % les crédits d’investissement dédiés à la rénovation courante des routes départementales, mais aussi en augmentant de 300 000 euros nos investissements pour les pistes cyclables et autant pour les aides aux agriculteurs, en engageant une nouvelle politique publique d’aides aux commerces de proximité dotée de 500 000 euros par an, en augmentant de 2 millions d’euros les crédits dédiés à l’éducatif numérique dans nos collèges, en créant une nouvelle aide aux territoires pour lutter contre les inondations, dans le cadre de ce que l’on appelle la compétence GEMAPI, également dotée de 2 millions d’euros. Nous engagerons de grands projets, comme le remplacement du Pont de Colombelles pour 4,5 millions d’euros, l’amélioration de la liaison Caen Flers pour 19 millions d’euros, la rectification des virages de Truttemer-le-Grand pour 5,5 millions d’euros, la création d’une maison départementale des sports pour 3 millions d’euros, l’adaptation des logements pour le maintien à domicile des personnes âgées et des personnes en situation de handicap avec une autorisation de programme de 10 millions d’euros. Nous débloquerons des dossiers compliqués comme la rénovation de l’iconique jetée en bois du port de Deauville en votant une autorisation de programme de 2,4 millions d’euros. Nous rénoverons le collège d’Isigny-sur-Mer pour 2,5 millions d’euros et le gymnase de Livarot pour 600 000 euros. Enfin, je ne reviendrai pas sur les choses déjà engagées. Je veux parler, pour mémoire, de notre enveloppe sur les projets en cours ou à venir autour du 75e anniversaire du Débarquement ou encore de celle au titre des projets rayonnants.

Notre bonne santé budgétaire nous permettra d’accompagner des projets très spécifiques, comme l’accueil scolaire d’un enfant de la Lune, souffrant de cette maladie très rare lui défendant strictement toute exposition aux rayons solaires. Nous allons l’année prochaine mener 100 000 euros de travaux pour adapter le collège Varignon à Hérouville-Saint-Clair et permettre à cet enfant d’effectuer normalement sa rentrée en sixième, en septembre prochain.

Souvenez-vous, en janvier 2016, lors de l’adoption du premier budget de notre mandature, je vous avais prévenu que, toutes choses égales par ailleurs, les efforts de gestion auxquels nous nous adonnions nous permettraient en seconde partie de mandat, de dégager des marges nouvelles pour assurer un développement harmonieux et solidaire du Calvados. Mes chers collègues, notre débat d’orientation budgétaire pour l’exercice 2019 est la preuve que nous avons tenu cet engagement, et je crois que nous pouvons en être collectivement très fiers.

J’en ai terminé avec ce propos introductif, qui porte témoignage de l’ampleur des réalisations que nous allons pouvoir mener ensemble. Au vu de ce que nous permettent de faire en investissement les marges budgétaires retrouvées de notre Département, il me semble que nous pourrons contribuer à amortir la terrible crise sociale qui traverse notre pays, et redonner confiance à nos concitoyens, en l’efficacité d’une action publique de proximité, tournée vers les solidarités sociales et territoriales.

Je vous remercie de votre attention.

 

Discours prononcé par Jean-Léonce Dupont le 10 décembre 2018 à l'Abbaye aux Dames de Caen. Seul le prononcé fait foi.

Photo d'en-tête : © BIERNACKI Eric / Région Normandie

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