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Olivier Morin échange avec des collégiens à l'Auditorium de Bayeux le mardi 3 octobre dans le cadre du Prix Bayeux-Calvados. /© S. Vaugeois

Regard des jeunes de 15 ans : rencontre avec le rédacteur en chef photo France de l’AFP

Dans le cadre de la 24e édition du prix Bayeux-Calvados, en prolongation de l’opération Regard des jeunes de 15 ans, le Département invitait, mardi 3 octobre, des collégiens du territoire à rencontrer Olivier Morin, photo-reporter depuis 1990 et rédacteur en chef photo France de l’AFP (Agence France Presse). Retour sur un échange fort et riche d’enseignements.

mercredi 04 octobre 2017
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20 photographies pour résumer les 12 derniers mois

« Montrer ce que l’on voit, rien d’autre »

Il est 10 h ce mardi matin, dans l’Auditorium de Bayeux. En préambule, Olivier Morin invite avec simplicité la centaine de collégiens présents à poser leurs questions sans détours et délivre de précieuses informations sur l’AFP : rôle de l’agence, « couvrir l’actualité sur la planète, rapporter les faits tels qu’ils sont vus, montrer ce que l’on voit, rien d’autre », techniques d’envoi et de prise de vues, vérification des sources, « on met des années pour être crédible, avec une erreur, tout peut être détruit »… 

Les 20 photos de la sélection de l’opération Regards des jeunes de 15 ans, sont l’occasion pour les élèves d’appréhender l’univers des photographes. À l’aide des commentaires d’Olivier Morin, certaines prises de vue s’éclairent, et les questions fusent : « Où a été prise la photo ? » « Pourquoi il enlève le drapeau ? » « Est-ce que c’est vraiment une photo ? On dirait une peinture »…

« Le photographe n’est pas secouriste, il n’est pas formé pour ça »

Incendies, réfugiés, familles, tribu en voie de disparition… Fortes, émouvantes, certaines photos sont parfois difficiles. Comme celle de Juan Barreto, où l’on voit un manifestant à Caracas prendre feu après l’explosion d’un réservoir. « Lorsque nous l’avons étudiée, les élèves étaient choqués que le photographe ne l’aide pas », souligne une enseignante. « Le photographe n’est pas secouriste, il n’est pas formé pour ça. S’il y a des situations qui tombent sous le sens, on n’est pas là pour aider de cette façon-là », rappelle Olivier Morin, insistant sur l’importance de prêter attention au cadrage. « Il faut faire attention au hors champ, le photographe n’était pas tout seul. »

Les collégiens lors de la rencontre avec Olivier Morin. / © S. Vaugeois
Le 3 octobre 2017 à l'Auditorium de Bayeux. / © S. Vaugeois

Économie de mots, pouvoir de l’image

Après la projection, les questions se poursuivent, parfois brutes, toujours pertinentes. « Est-ce qu’il y a des photographes qui sont morts ? », « Qu’est-ce que pour vous une belle photo ? »

Avec tact et précision, le reporter transmet les valeurs de son métier, notamment le souci de raconter une histoire et d’apporter son témoignage sur une situation : « si une photo est belle, c’est bien, mais si elle est bonne, c’est qu’on a pu retranscrire précisément un événement. » Il évoque aussi la préparation d’un reportage, notamment lors de conditions difficiles, « c’est important de se renseigner sur là où l’on va, repérer des lieux géographiquement par exemple. C’est du bon sens que d’avoir suffisamment d’informations pour diminuer les risques dans un endroit hostile. »

« Sur une zone de conflit, il y a un mélange d’appréhension et de prudence, mais ce que vous ne pouvez pas contrôler, c’est la chance »

Quant à la peur, le professionnel lui préfère le terme d’appréhension. « Couvrir un conflit quand on n’y est pas né, c’est un peu débarquer dans un monde qu’on ne connaît pas. On connaît les risques, les enjeux, mais on est prudents. Vous pouvez être préparés à tout, mais vous ne pouvez pas contrôler le facteur chance. » Une appréhension légitime qui explique pourquoi il n’existe que quelques reporters de guerre, « expérimentés, et mentalement ok pour faire ça. »

« La difficulté de notre métier, c’est de raconter un maximum de choses en un minimum d’images »

À la question « Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir photographe ? », le photo-reporter s’excuse avec humour auprès des professeurs : « de la pure flemme ! » Sourires dans l’assistance, mais l’explication est sérieuse. « À votre âge, je lisais des bandes dessinées, mais sans lire les bulles, parce que j’avais la flemme. Je pouvais lire un Tintin en 10 minutes, seulement grâce aux dessins, et cela m’a formé le regard. » Une analogie qui éclaire également le métier : « une bonne photo peut se passer de texte et d’explication. La difficulté, c’est de raconter un maximum de choses en un minimum d’images. »

« La naïveté et la fraîcheur de poser des questions justes »

Après 1 h 30 d’échanges passionnants, la rencontre arrive à son terme. Les 3e des collèges de Caen (Hastings), Dozulé (Pergaud) et de Bayeux (Létot), repartent vers leurs établissements, heureux.

« Ce genre de rencontres avec les jeunes est importante parce qu’ils peuvent humaniser le photographe », confie Olivier Morin. « Derrière un appareil photo, il y a un être humain aussi, avec ses craintes, ses doutes, ses peurs parfois, ses joies… ils ont posé une dizaine de questions très pragmatiques sur ce qu’est la vie d’un photographe de presse. À 15 ans, on a la naïveté et la fraîcheur de poser des questions justes. »

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20 ans, c’était l’âge d’Ameer Alhalbi lorsqu’il a pris la photo lauréate de l’opération Regard des jeunes de 15 ans. Il avait 15 ans lorsque la guerre a commencé.

 

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300 photographes et 150 collaborateurs réguliers

3 000 photographies par jour hors évènements spéciaux délivrées aux clients

1 record mondial de 48 secondes : temps entre une prise de vue et la photo reçue par les abonnés/clients

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