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Les coups de coeur du Département 2021 - montage photo

Découvrez les coups de cœur du Département pour 2021

Chaque année depuis 2014, le Département du Calvados met à l’honneur des femmes et des hommes du Calvados qui, par leur action, leur investissement, leur savoir-faire, contribuent à valoriser notre territoire. Focus sur les 14 coups de cœur lauréats de l’année 2021.

mardi 14 décembre 2021

Mickaël Aubert, Khadidiatou Ndiaye, Muhammad Sabraoui : ensemble dans le même bateau

Un équipage de trois malvoyants prendra le départ de la Norlanda’s cup 2022. En écoutant Mickaël Aubert détailler cet incroyable challenge, difficile de déterminer ce qui fascine le plus : leur intention de naviguer seuls sur un voilier de huit mètres dans une régate inter-entreprises, ou leur inexpérience totale ? « Aucun de nous ne sait naviguer. On a un an pour être au point, il y a tout à apprendre : se repérer dans le bateau, comprendre les bases de la navigation, retenir les termes maritimes et techniques, mais aussi nous connaître davantage pour former une équipe soudée », précise Mickaël. À l’initiative de cette première française, il y a l’association Valentin Haüy Caen Calvados, qui articule le projet autour de trois axes. D’abord, le défi sportif, preuve par l’exemple qu’il est possible pour les déficients visuels de pratiquer de nombreux sports.

Mickaël Aubert, Khadidiatou Ndiaye, Muhammad Sabraoui

Ensuite, l’avancée technologique, en partenariat avec des écoles et sociétés chargées de développer des prototypes adaptés à l’épreuve, qui pourront être utilisés ensuite pour faciliter le quotidien des porteurs de handicap visuel. Le dernier axe porte sur la difficulté de l’accès à l’emploi. En effet, comme le précise le skipper en herbe, « 80 % des malvoyants sont au chômage ». Le projet fédère et fait parler de lui, comme l’explique Mickaël Aubert : « Autour de nous il y a l’AVH bien sûr, le Yacht Club, mais aussi des entreprises et les étudiants du lycée Laplace qui vont réaliser des maquettes pour que l’on ait un plan en 3D du bateau », sans parler de leur entraîneur, qui doit créer une nouvelle pédagogie pour enseigner. « On cherche à convaincre les jeunes de tenter de nouvelles expériences sportives, de prendre confiance. D’ailleurs nous cherchons à former une seconde équipe », ajoute-t-il.

Il fallait un pari un peu fou pour intéresser le grand public, motiver d’autres porteurs de handicap à entreprendre ce qui leur fait envie et surtout, convaincre les recruteurs que nous sommes pleins de ressources ! »

Agnès Barré-Masurier : la tapisserie comme expression artistique

La tapisserie, jadis art majeur, s’est faite rare au fil des siècles. Agnès Barré-Masurier compte parmi la dernière dizaine d’artistes licières indépendantes de France. Dès les années 70, elle a développé sa propre technique sur un métier à tisser, s’offrant ainsi une liberté artistique quasi infinie. « Tout est démesuré dans le tissage. L’apprentissage est très long, les métiers sont imposants et lourds, la palette de couleurs nécessite des centaines de pelotes… Jusqu’au temps de réalisation d’une pièce, qui varie de quelques mois à plusieurs années », explique l’artiste. Dessinatrice et peintre, elle pratique l’art de la tapisserie de la même manière qu’elle maîtrise crayons et pinceaux. Une technique monumentale qui est pour elle un medium parmi d’autres pour exprimer sa vision sauvage et onirique du monde.

Agnès Barré-Masurier

« Le désir de créer ne me quitte jamais, même en rêve, où m’apparaissent parfois les sujets de mes futures réalisations. J’ai la chance d’être à la fois créatrice et interprète. » Agnès Barré-Masurier a en effet la particularité de reproduire en tissage ses propres dessins et peintures, parfois sur des pièces immenses, jusqu’à 6 m² pour ses triptyques. « Il y a une certaine magie dans le processus. Lorsque je tisse, je ne vois que 30 cm de tapisserie ; dérouler l’ouvrage après des mois de travail, cela revêt la puissance d’une naissance. » En 2010, avec l’envie de sortir de sa zone de confort et de son atelier, Agnès Barré-Masurier est partie avec son époux Bernard à la rencontre des derniers liciers et licières de France. De ce périple riche de rencontres, entre hauts lieux de la tapisserie, manufactures et ateliers privés, ils ont tiré une série de documentaires uniques. Le couple multiplie également les occasions d’exposer les œuvres d’Agnès au public.

C’est vital de rencontrer le public, de lui faire connaître cet art. La tapisserie est un support qui est vecteur de douceur et de sérénité. Cela permet au visiteur d’accéder plus facilement à ses émotions, les échanges n’en sont que plus riches. »

Blandine Bierre : des balades à vélo accessibles à tous

Blandine Bierre loue des vélos électriques à Ouistreham, en saison. « Je me suis aperçue que les familles dont l’un des membres est en fauteuil ne pouvaient pas profiter d’une balade à vélo ensemble. Je me suis dit qu’il fallait leur apporter une solution. » Les difficultés de son grand-père, atteint de handicap, la sensibilisent dès son plus jeune âge à la notion d’accessibilité, un sujet qui lui tient toujours autant à coeur aujourd’hui. « Nous avons une région fantastique, avec de belles véloroutes. Je voulais offrir à tous la possibilité d’en profiter », ajoute-t-elle. Fin 2020 elle entame les démarches pour créer son association et commence à lever des fonds. Après une campagne de crowdfunding et avec le soutien de son réseau, elle réunit la somme nécessaire pour acquérir des vélos adaptés, à assistance électrique. « Le vélo pousseur dispose d’une plateforme sur laquelle on place le fauteuil, le triporteur d’un banc à l’avant qui peut accueillir jusqu’à deux personnes. Le tricycle est davantage adapté aux adultes et enfants dont l’équilibre peut être affecté », précise Blandine.

Blandine Bierre

Ce parc de vélos permet de répondre à de nombreuses demandes. La jeune association Norm’Handy Mobi a notamment été sollicitée pour permettre à des personnes âgées de profiter d’une balade à vélo. « S’il n’y a personne pour conduire le vélo, je fais l’accompagnatrice. » Une occasion pour Blandine, titulaire du titre de guide-accompagnateur, de raconter la riche histoire des lieux, au gré des circuits de balades. « Pour l’instant nous sommes deux. Nous cherchons des bénévoles pour faire de l’accompagnement, ainsi qu’un lieu de stockage près d’une piste cyclable. Nous sommes aussi toujours en recherche de fonds, pour entretenir les vélos et faire de nouvelles acquisitions », conclut-elle.

L’association n’a pas de vocation commerciale. Nous cherchons à nous faire connaître pour permettre à toutes les familles intéressées de profiter de ces moments précieux de détente. »

Paul Boyer : LINportant, des vêtements bio made in Calvados

Pionnier de la mode éthique en France, il découvre en 2019 les propriétés du lin, dont la Normandie est le leader mondial. Il s’agit de l’une des rares fibres textiles qu’il est possible d’exploiter sur le sol français. La suite, elle se tricote d’abord dans un cadre associatif, avec les différents acteurs du lin. « L’intérêt de ce regroupement était de contribuer à valoriser la filière et à en imaginer l’avenir. Nous avons procédé par étapes, en identifiant les manques dans la chaîne de production et en estimant leur impact sur les débouchés de la filière », précise Paul Boyer. Le constat ? Pas d’atelier de tricotage ou de fabrication industrielle de T-shirts en lin en France. Une étude de faisabilité menée en 2017 confirme le potentiel d’un petit outil de production, avec un objectif de rentabilité sur 100 000 T-shirts en lin bio par an.

Paul Boyer

2019 marque la naissance de la Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) LINportant, dont Paul Boyer est directeur, aux côtés d’un conseil d’administration pluridisciplinaire. « Nous avons à cœur de protéger l’environnement en développant le bio et les circuits courts, ainsi que de recréer de l’emploi et du savoir-faire sur le territoire. Nous nous efforçons également de proposer un modèle économique qui bénéficie au collectif », ajoute-t-il. L’atelier est basé à Évrecy. Le lin, préalablement teillé dans la région, y est tricoté, découpé, assemblé et cousu. « Nous avons commencé par une campagne de crowdfunding qui a eu un succès inattendu. À tel point que nous nous sommes demandé si nous allions pouvoir assurer la livraison des 8 000 pièces. » Pour atteindre son objectif de production annuel, LINportant a su séduire de belles marques de mode françaises. Une stratégie qui permet de démontrer les débouchés du lin bio et de convaincre les liniculteurs d’amorcer une transition.

Cela a du sens pour les Normands de porter des T-shirts en lin bio cultivé non loin de chez eux, autour de Caen ou de Bayeux par exemple. C’est très réjouissant, on sent que les valeurs dans les achats textiles évoluent. »

Hocine Charef : cultiver le vivre ensemble au jardin

Hocine Charef a le bénévolat dans le sang. Ce jeune retraité hyperactif est de toutes les associations : athlétisme, foot, aide à la réinsertion… « Si on a besoin de moi, je ne sais pas refuser. Alors forcément, quand j’ai vu qu’un appel à volontaires était lancé dans mon quartier, le Grand Parc à Hérouville-Saint-Clair, j’ai tout de suite accepté. » Au lancement du projet, en février 2021, ils étaient deux, mais la préparation du jardin est un travail ingrat, qu’Hocine a fini par mener seul. « J’ai préparé la terre et construit des cadres pour délimiter les plates-bandes. Et puis j’ai semé. Cet été, la première récolte a été un vrai succès », explique-t-il avec fierté. La tâche demande du temps et de l’implication mais permet à Hocine Charef de découvrir la vie de son quartier. « Les gens étaient heureux de goûter des piments, de la menthe, des salades, radis ou navets qui avaient poussé en bas de chez eux. Ils ont tout trouvé délicieux. »

Hocine Charef

Le jardinier bénévole est étonné de découvrir que ses voisins, jeunes ou moins  jeunes, ne savent pas toujours comment poussent certains fruits ou légumes. Lui a eu la chance de découvrir dès son plus jeune âge le cycle de la nature avec son père, qui exploitait une ferme en  Algérie. Le jardin partagé joue parfaitement son rôle en favorisant le lien social. Les résidents, reconnaissants de la mise à disposition de cette alimentation saine et variée à moindre coût, ont salué le travail d’Hocine au cours d’une grande fête entre voisins avec thé et gâteaux. « Cette attention m’a fait très plaisir. J’ai également reçu de nombreuses visites, notamment des groupes scolaires qui sont venus en apprendre davantage sur le jardin. »

C’est important d’avoir plus de volontaires pour s’occuper des jardins partagés. C’est valorisant puisque l’on aide à nourrir les gens avec de bons produits et cela permet de prendre le temps de parler. Le jardin partagé m’a permis de rencontrer presque tout le monde dans le quartier. »

Caroline Clémensat : les Franciscaines, un écrin unique pour la culture

Caroline Clémensat, la directrice des Franciscaines, dispose d’un environnement de travail qui fait rêver : l’ancien cloître emblématique de Deauville, réhabilité en un lieu culturel transversal et pluridisciplinaire. Ce vénérable établissement semble presque avoir choisi le projet qu’il allait incarner : « nous avions depuis longtemps un projet de médiathèque et de salle de spectacles, que la sagesse nous a poussés à abandonner lors de la crise de 2008. À la reprise du dossier, la Congrégation des sœurs franciscaines nous a informés de son intention de vendre le bâtiment. C’était un signe », relate Caroline Clémensat. Au même moment, la ville reçoit en donation la collection André Hambourg. L’ampleur du projet s’en trouve alors complètement modifiée. « Il fallait offrir une nouvelle orientation à ce patrimoine d’exception en imaginant un lieu culturel hybride, unique en son genre. »

Caroline Clémensat

Ce tour de force architectural est signé Alain Moatti, qui a scénarisé le décloisonnement des espaces pour optimiser le parcours visiteur. L’agencement général est en cohérence avec les 6 400 m² des lieux : le portail de quinze mètres de hauteur, l’incroyable verrière du cloître et son non moins fantastique lustre, ou encore l’immense table commune du réfectoire. Derrière cette apparente démesure, tout est impeccablement à sa place. Ce bel écrin regroupe un musée, une médiathèque, une salle de spectacles et un lieu de création numérique. Toutes les fonctions du lieu sont complémentaires. « L’offre est transversale, les collections et la programmation sont pensées en cohérence, elles se répondent pour permettre d’approfondir une thématique pour ceux qui le souhaitent », ajoute Caroline Clémensat, qui coordonne dans cet objectif une équipe de 35 personnes.

Nous avons pensé Les Franciscaines comme un espace de vie intergénérationnel, propice aux échanges. Un lieu inspirant, innovant et accessible, destiné au public normand comme aux visiteurs de passage, qui stimule l’imaginaire et ouvre le champ des possibles. »

CLIC du Bessin : le rôle des aidants version BD

Douze aidants du Calvados ont été sollicités par le collectif de soutien du Bessin-Prébocage, dont fait partie le CLIC, pour partager leurs expériences dans une BD. « À la première réunion, on avait un peu peur », débute Jeannine. À demi-mot, on comprend la difficulté à verbaliser leur quotidien et celui de leurs proches. « Au fur et à mesure des réunions, on s’est rendu compte que nos parcours individuels devenaient une histoire collective », poursuit Catherine. Cinq ateliers leur ont permis de poser leurs moments de vie sur la table. Pour donner matière à la BD, ils se sont mis à écrire, à proposer des croquis, et surtout, ils ont trouvé un soutien précieux : « ça m’a fait sortir de ma bulle », confie Nelly en un joli jeu de mots. Chantal ajoute dans un sourire « on était incapables de dessiner ». C’est donc l’auteur-illustrateur Jérôme Eho, présent à tous les temps d’échanges, qui a scénarisé et dessiné la BD.

CLIC du Bessin

Les membres du petit groupe évoquent leur émotion en découvrant en images leur parcours,  jusqu’alors presque impossible à partager. D’ailleurs, lorsque l’on s’occupe d’un parent, d’un conjoint ou d’un enfant, à quel moment comprend-on que l’on est un aidant ? Tous donnent un élément de réponse : « lorsque l‘on devient impuissant », « que l’on s’oublie soi-même », « que l’on se sacrifie pour l’autre ». Catherine, qui travaillait dans un centre de consultation mémoire bien avant que la maladie ne touche son conjoint, explique : « J’ai vu le rôle des aidants des deux côtés. Je sais que tant qu’on n’y est pas confronté, on peut difficilement comprendre pleinement ce que cela implique. » Solitude, isolement social, difficultés à trouver des solutions… L’entourage, aussi bienveillant soit-il, peine à comprendre ce rôle difficile, tout en culpabilité et promesses si dures à tenir.

Nous n’en avions pas conscience, mais nous avions besoin de transcender toutes les difficultés rencontrées pour en faire quelque chose d’utile. Notre plus belle récompense est de constater l’intérêt de personnes qui ne se sentaient pas concernées auparavant. »

Ugo Deshayes, Antoine et Alexandre Langlois : tout est bon dans la création

EMWW, quatre lettres qui ne sont ni un cri de ralliement, ni un acronyme mystérieux mais une « petite bête » que les trois amis et associés dessinent depuis l’enfance. Le M pour les oreilles, le E pour le groin, et les deux W pour les pattes. Reliez le tout et vous obtiendrez un sympathique cochon, l’animal emblématique de Bayeux, leur ville natale. Le dessin plaît à leur entourage et ils se lancent dans la réalisation de quelques T-shirts. Au fil des demandes, ils élargissent la gamme et créent leur marque en 2018. « Nous étions encore étudiants, on s’est dit qu’il fallait que l’on essaie. Nous avons choisi ce nom en référence à la porcelaine de Bayeux. Notre marque regroupe deux collections, l’Original est brodé près de Saint-Lô et La Création est réalisée à la demande en boutique, où nous avons une machine de transfert sérigraphique. »

Ugo Deshayes, Antoine et Alexandre Langlois

Leur boutique est située à Bayeux, mais leurs ventes en ligne prouvent que la marque rayonne bien au-delà, puisqu’ils expédient régulièrement leurs créations en Europe et aux États-Unis. Les trois associés ont des idées plein la tête et sont continuellement en train d’imaginer de nouveaux produits et services. « Il y a un an nous avons lancé un nouveau concept, un jeu de piste dans Bayeux, avec pour support une tablette numérique. » Accessible à tous et disponible en français et en anglais, ce scénario de découverte consiste en trois énigmes, pour environ une heure de jeu. Un système de géolocalisation permet de déclencher les énigmes. « Nous avons imaginé un système d’indices pour aider en cas de besoin, des points pour se motiver et se mesurer aux autres équipes et puis bien sûr, un trésor à la clé », précise Ugo Deshayes.

Entre les jeux de piste et les vêtements, les clients deviennent des ambassadeurs de Bayeux et du Bessin. Nous sommes heureux de les fédérer autour de la communauté La Porce-Laine et de constater le capital sympathie de notre marque. »

Laurie Julien et Mylène Meca : le recyclage du textile au service de l’insertion

La Chiffo est un chantier d’insertion professionnelle qui a ouvert trois boutiques solidaires sur l’agglomération caennaise et un site de vente en ligne. Cette association coordonne la collecte et la revalorisation de produits majoritairement textiles, en vue de leur revente en boutique. Avec 70 bornes d’apport volontaire et des campagnes de collecte dans les communes du Calvados, ce sont près de 700 tonnes de textile et accessoires qui sont recyclés par an. Logistique, tri, nettoyage et petites réparations, étiquetage, vente… Autant d’opportunités pour les 80 salariés en contrat d’acquérir les  compétences nécessaires à leur retour vers un emploi durable. Christine Juillet, directrice, encadre avec bienveillance ses équipes tout en veillant à maintenir la rentabilité de cet écosystème. Elle tient à mettre en lumière le projet d’upcycling mené par Laurie Julien, coordinatrice du pôle couture, et Mylène Meca, responsable de l’atelier éponyme.

Laurie Julien et Mylène Meca

« Le projet est d’abord porté par Tissons la Solidarité, qui a développé des partenariats avec de grandes marques, qui n’ont désormais plus le droit de brûler ou détruire leurs invendus », détaillent Laurie et Mylène. « Nous avons créé ce projet pilote, qui nous permet d’expérimenter et de soutenir la création d’autres chantiers similaires en France. » L’upcycling consiste à valoriser ces invendus et les remettre en circulation sous une autre forme. « Ce qui diffère de la seconde main, c’est le travail réalisé sur chaque modèle. On propose des produits neufs et transformés, avec un choix dans les tailles. On s’adapte en fonction des arrivages », précisent-elles. La formation est au cœur de ce projet. Travailler en mini-série permet de maîtriser les techniques et de favoriser l’employabilité des salariés accompagnés.

Les clients sont conscients du travail réalisé, ils sont sensibles à cette démarche qui va dans le sens d’une mode responsable et durable. Cela permet à notre atelier couture de se développer et d’intégrer davantage de personnes en formation. »

Benoit Mauvieux : courir pour la science

Benoit Mauvieux est enseignant chercheur à l’UFR Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) de l’Université de Caen. « Je suis spécialisé dans l’étude des effets de la privation de sommeil et, plus largement, des conditions extrêmes, sur la performance. » précise-t-il. En découvrant ses sujets d’étude, on comprend vite pourquoi Benoit Mauvieux s’est  intéressé aux ultra-trails, ces courses XXL aux dénivelés vertigineux, qui se courent en plusieurs dizaines d’heures. Sur les épreuves existantes, le chercheur et son équipe se heurtent à des difficultés logistiques : « la différence d’état entre le départ et l’arrivée n’apporte pas assez d’informations et, sur le parcours, la faisabilité scientifique est compliquée. » Les étapes n’ont pas les mêmes caractéristiques de longueur et dénivelé, il faut démultiplier les équipes et le matériel et surtout, « on ne peut pas demander à un coureur de s’arrêter régulièrement ».

Benoît Mauvieux

Ces contraintes l’amènent à imaginer une course dédiée à un protocole pertinent. Clécy et sa base de loisirs s’avèrent un choix stratégique pour regrouper l’ensemble des mesures et des équipes. Le parcours de 154 kilomètres consiste en six passages sur une boucle de 26 kilomètres, dotée de 1 000 mètres de dénivelé positif. « Le départ un 11 novembre nous a offert des conditions climatiques optimales, avec des variations importantes », ajoute Benoit Mauvieux, qui a fédéré autour de son ambitieux projet 70 chercheurs issus de 16 laboratoires français, suisses et québécois, 90 étudiants et 60 coureurs. Les scientifiques ont investigué plus de 40 variables susceptibles de contribuer à la dégradation ou au maintien de la performance, parmi lesquelles la fatigue musculaire, tendineuse ou cardiaque, la privation de sommeil, la température, le profil psychologique et la motivation.

C’est enthousiasmant de voir l’intérêt porté par la communauté scientifique mais aussi par le grand public et les coureurs sur ce premier trail scientifique Clécy-Normandie. Nous avons reçu beaucoup de soutien et écrivons déjà l’édition 2023 ! »

David Mignot et Christophe Perrin : YesYes, des smartphones reconditionnés à la française

Après une carrière commune à vendre des produits électroniques neufs, David Mignot et Christophe Perrin se sont penchés il y a quatre ans sur le sujet du reconditionné. « Sur les dizaines de millions d’appareils vendus neufs tous les ans, assez peu sont remis sur le marché. » Une aberration environnementale. « Les jeunes ont davantage le réflexe de revendre ou recycler, mais il y a encore une marge de progression énorme chez la majorité des utilisateurs », commente David Mignot. Les arguments marketing du reconditionné reposent sur ses avantages économiques et écologiques, ce que confirme notre interlocuteur : « Cela a du sens de s’orienter vers des produits de seconde main, mais s’ils ont été mal réparés ou s’ils viennent de l’étranger, on perd l’intérêt de la démarche. »

David Mignot et Christophe Perrin

David et Christophe imaginent alors leur vision d’un reconditionné durable et responsable. « Nous avons placé très haut notre niveau d’exigence. Nous avons notre propre atelier technique dans lequel nous contrôlons et reconditionnons l’ensemble de nos produits. Nous réalisons des diagnostics approfondis et sélectionnons des pièces de qualité supérieure. La réparation est soignée, les techniciens sont vigilants sur tous les points de détail, comme les joints d’étanchéité. On ne peut pas remettre à neuf un produit qui ne l’est plus, mais nous lui garantissons performances et longévité. » Rien n’est laissé au hasard, les appareils reconditionnés sont vendus avec chargeur et câble certifiés CE (et aussi par la marque leader sur le marché), garantis dix ans et 100 % recyclables. Outre les smartphones, YesYes propose désormais à la vente des consoles de jeux. Tablettes et ordinateurs portables reconditionnés viendront bientôt compléter la gamme proposée, à la fois en boutique et sur le site Web.

Avec l’ouverture de notre Atelier Boutique dans le centre-ville de Caen, nous souhaitons développer le tout premier concept store français du reconditionné. Ce lieu unique met en confiance nos clients, grâce à une vraie transparence sur la qualité des produits et un service de proximité qui fait la différence. »

Mickaël Richomme : un engagement sans frontières

« J’ai toujours voulu être pompier, comme mon père. À 12 ans, j’étais jeune sapeur-pompier, à 16, pompier volontaire, avant de devenir professionnel à 18 ans », c’est ainsi que le lieutenant présente son activité. Si le mot n’est pas posé, on pense immédiatement à une vocation pour celui qui, quelques années plus tard, part pour sa première en mission d’urgence. « En 1998, l’ouragan Mitch a dévasté le  Honduras. Je connaissais un médecin qui partait porter secours aux victimes avec une association humanitaire, j’ai suivi. » Après 15 ans d’expérience dans l’humanitaire en parallèle de son activité de  sapeur-pompier professionnel, Mickaël Richomme crée en 2015 l’association Pompiers Missions Humanitaires dans le Calvados. L’association compte désormais une trentaine de bénévoles parmi lesquels des sapeurs-pompiers, des médecins, infirmiers mais également des professionnels d’horizons variés.

Mickaël Richomme

« Outre les interventions d’urgence, nous avons aussi pour mission de former des pompiers à l’étranger et de leur fournir du matériel. » Dans ce cadre, plusieurs pompiers membres de l’association sont  partis en Roumanie avec un camion, des lances et des tenues. Cet été, l’association est partie en Haïti, suite au tremblement de terre. On comprend l’importance de l’expérience quand Mickaël Richomme annonce : « il a fallu tout coordonner en deux jours. » Ce qui signifie, entre autres, contacter les ambassades et obtenir des laissez-passer. « Nous sommes très mobiles sur le terrain. Nos deux unités de  potabilisation tiennent dans des valises et permettent de traiter 300 litres d’eau à l’heure. Nous arrivons parfois à atteindre des endroits qui n’ont pas pu être secourus. » L’association continue à se doter de nouveaux outils, comme un drone pour identifier plus vite des victimes.

Notre association organise des événements et des formations pour financer ses opérations, nous recevons des subventions du Département du Calvados et optimisons les missions en travaillant avec d’autres associations en France. Derrière chaque départ, il y a un effort collectif. »

Jean Sécheret : de New York aux Jardins de la Thillaye, travelling sur la permaculture

À 24 ans, un rassurant diplôme en Génie Industriel en poche, Jean Sécheret est parti poursuivre ses rêves de cinéma à New York. Cinq ans plus tard, en quête d’inspiration pour un scénario, il rentre à Paris. Le hasard de la vie le place au cœur d’une discussion familiale sur le devenir de leur immense propriété, située à Saint-Étienne-la-Thillaye. « Plus jeune, j’y ai passé mes étés. Ce domaine, c’était un peu le paradis perdu de la famille, on déplorait les dommages qui avaient été causés à la nature par mon grand-père, influencé par les évolutions des politiques agricoles. Après son décès, personne ne savait vraiment quoi faire de ces quatre maisons d’habitation, de la maison de gardien, du bâtiment agricole et des dizaines d’hectares de terrain. »

Jean Sécheret

Rattrapé par son esprit cartésien, Jean Sécheret élabore un plan de bataille concret, qui devient rapidement un projet de vie auquel sa femme Joris adhère pleinement. Le parcours de reconversion se dessine, à coup d’études et de diplômes, d’allers-retours Paris-Calvados et de travaux. « La formation dans la ferme biologique du Bec Hellouin a été une révélation : nous allions pratiquer le maraîchage bio-intensif selon les principes de la permaculture. Nous aimions cette approche rationnelle qui privilégie le respect des hommes et de la terre, les interconnexions et la durabilité, pour un système agricole productif sans énergie fossile », explique Jean Sécheret. Les époux Sécheret ont installé dans la propriété leur maison ainsi que deux gîtes, et exploitent 1 000 m² de surface maraîchère. Après quelques saisons, Les Jardins de la Thillaye ont trouvé un équilibre économique entre tourisme vert, visites à la ferme et vente en direct.

Nous sommes heureux de voir qu’il y a un maillage de plus en plus dense de microfermes dans le Calvados. Il y a de la place pour tout le monde et les rendements sont dix fois plus importants que les schémas d’agriculture classiques, de quoi atteindre une résilience alimentaire locale. »

Astrid Vabret : la Légion d’honneur pour son travail sur le coronavirus

Bien longtemps avant qu’il devienne le sujet incontournable des sphères médiatiques et politiques, le coronavirus avait capté l’attention du professeur Astrid Vabret. Depuis plus de vingt ans, en marge des épidémies suscitant l’engouement de ses confrères virologues, telles que l’hépatite C ou le sida, elle travaille sur ce sujet assez peu reconnu. « Pendant longtemps, j’ai collaboré principalement avec des vétérinaires », explique-t-elle. « Le choix d’étudier le coronavirus et de faire ma thèse sur le sujet s’est fait en cohérence avec la spécialité du laboratoire de virologie du CHU de Caen, qui porte sur les infections respiratoires aiguës. »

Astrid Vabret

Ces décennies d’un travail de recherche minutieux lui confèrent une expertise incontestable. « J’aime les temps longs. L’expérience ne se remplace pas, il faut du temps pour acquérir la connaissance fine d’un virus », ajoute Astrid Vabret. Par conséquent, la virologue est énormément sollicitée pour partager son expérience auprès de la communauté scientifique et siège en tant qu’experte dans de nombreuses commissions. Sans pause aucune depuis début 2019, Astrid Vabret mène de front cette transmission de savoir avec ses nombreuses fonctions et responsabilités, entre recherche, médecine et enseignement. Son emploi du temps chargé, elle l’assume loin des médias et des polémiques : « ma seule exception concerne les sessions de questions-réponses avec le public. J’aime la  vulgarisation, qui permet de couper court aux penchants parfois paranoïaques, en remettant le bon sens au coeur du débat ». Le 1er janvier 2021, Astrid Vabret a appris qu’elle était nommée pour être décorée de la Légion d’honneur, une reconnaissance nationale qui récompense le fruit d’un travail mené avec passion et abnégation.

Je ne m’attendais pas à être décorée de la Légion d’honneur et je n’en tire pas de fierté personnelle. Ma vraie satisfaction est que cette distinction valorise la virologie et les équipes, notamment les techniciens de laboratoire, qui sont habituellement peu mis en avant. »