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Pelleteuse et archéologues sur le chantier de fouille place de la République à Caen le 17 septembre 2021. / © E. Fossey

Bilan de la fouille archéologique place de la République à Caen

Le chantier de fouille préventive place de la République à Caen en prévision de l’implantation d’un projet de construction s’est déroulé de septembre à décembre 2021. Une opération menée par les archéologues du Département du Calvados qui a permis de mieux comprendre l’histoire de cette portion de la ville et d’accueillir près de 3 000 visiteurs.

lundi 17 janvier 2022

Cette opération de fouille préventive, réalisée pour le compte de la ville de Caen, a permis aux archéologues du Département de mieux comprendre l’histoire de cette portion de la ville, depuis la fin du Moyen Âge jusqu’aux événements tragiques de l’été 1944 qui ont amené la destruction de l’ancien hôtel de ville. Elle a aussi permis à près de 3 000 visiteurs de découvrir l’histoire de ce lieu, à l’occasion de journées portes ouvertes et d’ateliers pédagogiques destinés aux enfants des écoles de Caen et aux collégiens du Département.

La fouille pour étudier, comprendre et corriger

Restituer le paysage avant les travaux d'assainissement

Après avoir sondé les anciens niveaux de marais, lorsque la place faisait encore partie de la grande prairie qui s’étendait jusqu’à l’église Saint-Pierre, les archéologues ont débuté l’analyse des prélèvements qu’ils ont pu faire afin de restituer le paysage autour de la ville médiévale et au début des temps modernes. Ils ont également prélevé de nombreux fragments de poteries et des restes de boucherie témoignant de l’utilisation de l’endroit comme une décharge en bordure de ville, juste avant que celui-ci ne fasse l’objet de travaux d’assainissement. Ces travaux d’assainissement sont entrepris au XVIIe siècle. Ils ont consisté en un rehaussement du sol avec l’apport de matériaux, provenant en particulier de divers chantiers de construction.

Analyser des techniques de construction et corriger des documents d’archives

Les archéologues ont également pu analyser la manière dont fut construite l’église fondée en 1664 par Jean Eudes. Ils ont analysé les solutions techniques mises en œuvre par les bâtisseurs pour s’adapter aux contraintes du sous-sol. Ils ont aussi restitué les chantiers de constructions qui se sont succédés pour aboutir, au début du XXe siècle, au vaste ensemble architectural composant l’hôtel de ville. Outre l’église transformée en salle de réception et en bibliothèque, celui-ci comprenait des immeubles bâtis sur quatre étages bordant de tous côtés les rues telles que nous les connaissons encore aujourd’hui. Ces immeubles abritaient :

  • le commissariat central de police,
  • le musée des Beaux-Arts,
  • l’école de Beaux-arts,
  • le conservatoire,
  • le tribunal de paix,
  • la poste,
  • et bien sûr les bâtiments administratifs de la municipalité.

Au passage, le travail des archéologues permettra de corriger un certain nombre de documents d’archives qui s’avèrent incomplets ou inexacts.

Témoignages de la vie quotidienne

Si l’archéologie contribue à enrichir la connaissance historique, elle livre également des témoignages de la vie quotidienne, comme des équipements de pompier datant du début du XXe siècle ou encore ces mignonnettes de liqueurs alcoolisées consommées manifestement en cachette.

Bombardements des 7 juin et 7 juillet 1944

Enfin, les archéologues ont pu observer les traces laissées par les bombardements des 7 juin et 7 juillet 1944 qui ont provoqué la ruine de l’hôtel de ville. La cour centrale était encore percée d’un impressionnant impact de bombe de plus de 10 mètres de diamètre et 2,5 m de profondeur. Les caves des immeubles contenaient encore par endroits les gravats issus de ces destructions parmi lesquels il a été possible de retrouver des éclats de certaines statues et de divers objets ayant appartenu aux collections du musée de Beaux-Arts.

La fouille a ainsi permis de constater que ces collections ont été victimes des bombardements mais aussi, et surtout, des travaux de déblaiement entrepris après-guerre et au cours desquels les statues en marbre ou en terre cuite brisées et brûlées par les bombardements ont été concassées et réutilisées pour remblayer d’autres parcelles dans une ville en pleine reconstruction.

La fouille pour partager

La finalité d’une fouille archéologique est de collecter et d’enregistrer l’ensemble des informations utiles pour compléter la connaissance du lieu que les archéologues ont la charge d’explorer. Au-delà, elle permet de mettre en récit l’histoire de ce lieu pour la partager avec le plus grand nombre. Plus que les vestiges eux-mêmes, c’est l’histoire qu’ils racontent qui a suscité l’intérêt des visiteurs qui ont participé aux journées portes ouvertes. C’est aussi cette histoire qui a alimenté la curiosité des élèves qui ont pu découvrir le chantier de fouilles. Près de 680 élèves des écoles de Caen et près de 700 collégiens venus des quatre coins du Calvados ont en effet bénéficié d’une visite commentée leur faisant découvrir le métier et le travail des archéologues. Ils ont également pu apprendre autour d’une maquette spécialement conçue à cet effet que la ville est un espace en continuelle évolution. La fouille menée place de la République devrait également faire l’objet d’un livret afin que tous ceux qui n’ont pas eu le loisir de la visiter en découvrent les principaux résultats.

À lire dans l'e-mag : une journée avec les archéologues du Département
Offre de service dans le domaine de l'archéologie préventive

Image d'en-tête : sur le chantier de fouille le 17 septembre 2021, place de la République à Caen. / © E. Fossey