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Le jeudi 6 octobre au collège de Port-en-Bessin : les équipes du HCR, les réfugiés invités et des agents du Département du Calvados lors du Refugee Food Festival. / © A. Heurtaux

Prix Bayeux-Calvados : le Refugee Food Festival s’invite dans les collèges du Calvados

Du 2 au 6 octobre, en partenariat avec le HCR et l’association Food Sweet Food, le Département organisait le Refugee Food Festival dans cinq collèges du territoire. L’objectif ? Sensibiliser les esprits à la situation des réfugiés en France et à travers le monde. Une opération inédite qui s’inscrit dans le cadre du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

jeudi 05 octobre 2017
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Le HCR et son travail indispensable

Jeudi 5 octobre, 9 h 30 dans la salle polyvalente du collège Ernest Hemingway de Port-en-Bessin-Huppain. Ce matin, 84 élèves de 4e et 3e rencontrent Fadma Moumtaz, associée chargée de la Communication et de l’Information au HCR, agence des Nations Unies qui a pour mission de protéger, soutenir et trouver des solutions pour les réfugiés. À l’aide d’une rétrospective historique en vidéo des crises sur 60 ans, les collégiens découvrent l’importance de cet organisme créé au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Toute personne, qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité qui ne peut, ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays. »
(Convention relative au statut de réfugié, juillet 1951)

1956 et la révolution hongroise, guerres civiles, frontalières, nouveaux conflits en 1980, au Liban, en Somalie, au Sri Lanka, en Afghanistan… « fin 2016, ce sont plus de 65 millions de personnes qui ont été forcées de partir ailleurs. » Les chiffres vertigineux, laissent pantois l’assistance, choquée de découvrir les parcours douloureux de leurs pairs. Fadma insiste également sur la différence entre les différents termes : réfugiés, demandeurs d’asile, déplacés internes… « Vous accueillez combien de personnes ? », lance timidement une élève. « Sur les 82 000 demandes en 2016 en France, seulement 30 % ont été reconnues réfugiées. Les autres sont déboutées et ont un mois pour trouver une solution, avant de recevoir "une invitation" à quitter le territoire. Ils quittent leur pays, du jour au lendemain, certains n’ont pas d’autres choix, ce ne sont pas des situations faciles. »

Se battre pour la liberté d’expression

Pour permettre aux jeunes de découvrir le parcours d’un réfugié, le HCR et le Département ont également convié Kianoush Ramezani, dessinateur de presse qui a quitté l’Iran en 2009. « Dans notre pays, être dessinateur de presse, c’est dangereux. Notre état islamique déteste les critiques : on ne peut pas critiquer un régime totalitaire. » Sa résistance ? Le dessin, qu’il pratique depuis 25 ans. « C’était la seule façon de résister, de dénoncer. Mon métier, c’est de représenter des idéologies. »

On ne peut pas critiquer un régime totalitaire »

Passionnés, les élèves questionnent Kianoush : « Quelles difficultés avez-vous rencontrées en arrivant ? » Démarches administratives laborieuses, barrière de la langue, préjugés… « En France, on pense que parce que vous êtes réfugié, vous n’avez pas de compétences. On m’a proposé des boulots comme garde du corps, gardien de parking… mais je suis dessinateur de presse, je voulais rester dans mon métier et j’ai réussi. D’autres n’ont pas ce choix. » Avec passion, le caricaturiste profite de cet échange pour donner quelques exemples de son travail. Un dessin sur Malala Yousafzai, jeune pakistanaise tuée par des Talibans, reconvertie en symbole de résistance, un autre qui raconte le combat des Pussy Riots contre Poutine, grâce à la musique... Attentifs, les élèves décryptent symboles et messages.

La liberté, c’est très important. Ici, vous êtes nés en liberté. Dans beaucoup de pays du monde, la liberté, c’est un rêve. »

L’Iran, Kianoush n’y est pas retourné depuis son départ en 2009. Une situation impensable pour les jeunes qui enchaînent les questions : « Qu’est-ce que ça fait de quitter son pays ? » « Pensez-vous y retourner un jour ? » « Comment avez-vous su que vous deviez partir ? »

Devant les collégiens, le dessinateur évoque le risque, les menaces, les interrogatoires du renseignement iranien. « C’est très difficile de partir en deux semaines, de mettre sa vie dans une valise et un sac à dos. Il faut tout quitter. Et en arrivant, c’était dur. Il fallait appréhender une nouvelle culture, les gens, les manières de s’exprimer. Quand je pense à ma vie en Iran, cela me paraît très loin de moi. »

Découverte de spécialités syriennes

Après cet échange passionnant, il est temps pour les élèves de se diriger vers la cantine. Sur le chemin, leurs réactions sont unanimes. « J’ai trouvé ça très bien, très intéressant. On a appris plein de choses sur les réfugiés », note Manon. « Moi je ne pourrais pas vivre ça.  On a beaucoup de chance, on est bien ici », estime Benjamin. Le travail du HCR les a également surpris. « On a découvert les conditions de vie des réfugiés. C’est touchant, ça m’a chamboulée », reconnaît Célia. Même surprise pour Auranne, Jade et Inès. « On ne savait pas que ça existait depuis tant d’années, c’est incroyable qu’il y ait ces situations depuis si longtemps ! »

On a beaucoup de chance »

Midi trente. Cette semaine, le Département ouvre ses cantines scolaires aux chefs réfugiés. À Port-en-Bessin, l’ensemble des demi-pensionnaires vont déguster les plats mijotés par Abdulaziz Almohamad, chef syrien invité dans le cadre du Refugee Food Festival. Depuis très tôt le matin, il s’affaire aux fourneaux avec sa femme et les cuisiniers du Département. Dans leurs assiettes, les élèves découvrent avec gourmandise les spécialités syriennes : Taboulé et houmous en entrée, Mandi-Yemin ou Sulta Kufta pour les plats, accompagnés de riz pilaf et boulgour. Le dessert, un riz au lait savoureux avec de la fleur d’oranger, a particulièrement convaincu Priscilia : « C’était trop bon. J’ai adoré ! » Pour Elodie, ce sont les entrées qui ont ravi son palais : « j’adore le houmous. Globalement, c’était bon, ça change de d’habitude. On découvre ce que les autres mangent comme ça. »

Des ateliers pour tous

La journée se poursuit, inédite dans le moindre détail : depuis le matin, de la musique orientale supplante la sonnerie habituelle. Une attention du collège pour accueillir Abdulaziz Almohamad, ravi de cette surprise. Par groupes et niveaux, les élèves vont participer cet après-midi à différents ateliers organisés par le HCR. À l’étage, sous la houlette de Carlos, les 6e s’immergent dans un camp de réfugiés jordanien avec la visite virtuelle « Clouds over Sidra ». Dans la salle polyvalente, un autre atelier, culinaire cette fois, est tenu par Nabil Attar, chef Syrien, qui invite les élèves à participer à la confection d’un goûter traditionnel, le « Maman Oh Yeah » composé de mozzarella fondue, semoule, cannelle et pistache…

J’ai beaucoup aimé leur motivation, leur énergie et leur présence. Pour moi, c’est un espoir »

Dans le hall, c’est l’exposition « The Most Important Thing » du photographe américain Brian Sokol qui interpelle les 5e. Sur des panneaux, des portraits de réfugiés de différentes régions du monde, à qui le photographe a posé cette question : « Qu’emporteriez-vous si vous deviez soudainement fuir votre foyer ? » Fadma et Kianoush prennent le temps d’échanger avec les élèves, curieux. Des rencontres essentielles pour le dessinateur : « j’adore échanger avec des collégiens. Pour moi, c’est un espoir. La majorité des gens que je rencontre sont très pessimistes. Au contraire, eux qui représentent l’avenir, je les trouve motivés et très intelligents. Par exemple, quand je présente mes dessins, quand j’en parle avec eux, ils arrivent à décrypter le message, et pour moi, c’est extraordinaire. »

Image d'en-tête : le jeudi 6 octobre au collège de Port-en-Bessin, les équipes du HCR, les réfugiés invités et des agents du Département du Calvados lors du Refugee Food Festival. / © A. Heurtaux

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Le HCR en quelques chiffres

 2 Prix Nobel de la Paix : 1954 et 1981

34 agents en 1951 contre 9 330 en 2014

Présent dans plus de 100 pays

9 000 agences partenaires à travers le monde

Plus de 50 millions de réfugiés aidés par le HCR depuis 1951

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