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Daniel Kaplan : "Grâce au numérique, on s’autorise plus facilement à dire que tout pourrait être différent"

Dans le cadre de la Semaine de l'innovation publique, le Département du Calvados a reçu lundi 14 novembre 2016 Daniel Kaplan, délégué général de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING) et membre du conseil national du numérique. Avant sa conférence au Dôme à Caen sur l'impact des usages du numérique sur les citoyens et les services publics, il a répondu à nos questions.

Version audio de l'interview

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Qu’est-ce que la Fondation pour l’Internet Nouvelle Génération ?

C’est une association qui existe depuis 17 ans et qui a pour vocation de nourrir les acteurs de l’écosystème de l’innovation en général, qu’ils soient privés, publics, grands, petits, à but lucratif ou pas, en idées neuves, actionnables et de préférence un petit peu hétérodoxes. 

 

D'après-vous, les usages du numérique chez les citoyens sont-ils en avance de phase par rapport à ce que propose le service public ?

L’appropriation par les citoyens, y compris les citoyens agents publics dans leur vie personnelle, est forte, rapide, changeante, ludique et elle est assez profondément transformatrice de toute une série de petite ou grande routine quotidienne, forme de socialisation, etc. Il y a une vraie transformation du micro quotidien mais aussi du travail, des manières de s’informer, voire même des manières d’être citoyen qui intervient du fait du numérique. Et les organisations en général, pas seulement les organisations publiques, ont eu du mal à s’y coller pour tout ce qui ne ressort pas de l’efficacité, l’efficience et la productivité. Les administrations se sont informatisées comme les autres, comme les entreprises, elles sont devenues multicanal pour développer des relations à distance à peu près comme les autres, de manière plus ou moins avancée, mais plutôt pour faire autrement ce qu’elles faisaient avant. La question de la transformation, là effectivement c’est plutôt la société qui mène la danse.

 

Pour vous qui avez une bonne vision de ce que sera l'Internet de demain, considérez-vous que la révolution numérique des services publics ne fait que commencer ?

Pour le moment, il n’y a pas eu de révolution numérique des services publics. Il y a eu une évolution numérique des services publics assez significative, mais on reste dans l’idée d’un service public produit par la puissance publique dans ses différents silos institutionnels (services, ministères, collectivité territoriale), et puis il y a des débuts d’ouverture. Par exemple, les maisons de service au public dans lesquelles il y a un croisement de services et d’agents, et petit à petit l’informatique qui va aller avec mais sans rester l’acteur central de ces endroits-là. Le moment de la transformation c’est le moment dans lequel on rentre dans les formes de coproduction : l’ouverture des données publiques par exemple, ou un certain nombre d’actions en matière de cartographie coopérative. On commence par petite touche à faire cela. Cette transformation qui est celle d’une action publique qui se produit avec d’autres acteurs, usagers, associations, entreprise, etc. est complexe et nécessite pour l’acteur public d’identifier vraiment où il habite et à quoi il sert ou ne sert pas, comment il change de posture et de métier. Ce n’est donc pas une petite chose et ce n’est donc pas choquant non plus qu’elle ne soit pas complètement faite. Après tout, beaucoup d’entreprises ont encore besoin aussi de se changer et de découvrir ce que veut dire profondément le numérique sous toutes ses facettes pour elles dans l’avenir. Il en va de même des acteurs publics, mais ce n’est pas une raison par contre pour attendre et ne pas essayer.

 

Et en France, accuse-t-on un retard dans ce domaine ?

Du point de vue de l’appropriation du numérique en général, la France est dans la moyenne aujourd’hui et ressemble aux autres pays avec quelques caractéristiques mais qui ne sont pas forcément des caractéristiques plus ou moins  mais des différences d’usage et de pratique. Nous sommes par exemple très actifs sur Wikipédia. C’est un peu la même chose du point de vue des administrations locales et nationales qui sont plutôt actives, dans la bonne moyenne, avec les mêmes limites que l’on trouve ailleurs, c’est-à-dire toujours cette tendance à se numériser pour faire comme avant, mieux, plus efficacement, de manière plus rapide, à distance, etc. et à profiter du numérique aussi pour aller dans le sens d’une politique d’efficience qui est aussi une politique de réduction des dépenses publiques et éventuellement des effectifs, plutôt que pour réinventer sa relation à la société. C'est une caractéristique de beaucoup de pays, dont la France, qui les différencieront un petit peu du Royaume-Uni ou des pays Nordiques qui s’appuient plus sur le numérique pour essayer de se transformer dans leur relation avec les usagers et le reste de la société. C’est probablement là que l’on a un peu plus de mal, mais il y a des tentatives. Ce qui se fait dans Etalab par exemple, c’est en permanence des tentatives qui ne sont pas seulement techniques, mais bien en terme de méthode, de partenariat, d’écosystème, comment on peut transformer petit à petit l’action publique à l’intérieur d’une société qui, elle-même, se transforme.

 

Avec le smartphone, notre relation au numérique est-elle en train d’évoluer ?

Le smartphone change, certainement, pas mal notre relation avec le numérique. Je ne suis pas sûr que l’on sache encore exactement comment. On peut avoir la première tentation qui est de dire que cela la change dans le sens, bien sûr, de l’omniprésence, mais aussi d’une attitude un peu plus consommatrice. L’ordinateur a une relation forte avec l’écrit, mais pas seulement, avec une forme de production : on pense à l’ordinateur comme quelque chose avec lequel on va créer ou manipuler des choses, ou les enregistrer, les copier, etc. C’est plus difficile avec le téléphone, sauf évidemment pour de la captation d’image, de localisation ou d’autres choses. D’un côté, il y a un lien fort avec notre vie quotidienne, nos déplacements, qui montre que le numérique n’a jamais été du côté du virtuel mais bien tissé avec les différents moments de nos vies – cela était déjà vrai avant l’omniprésence du portable, mais cela devient manifeste – et de l’autre, il y a une forme de consumérisation du numérique qui peut en réduire le caractère transformateur. Cela reste encore à voir car il y a aussi des moyens de se réapproprier cet outil-là en tant que producteur, citoyen et acteur de la société.

 

Quel est le ou les messages que vous souhaitez faire passer aujourd’hui, notamment aux agents et aux usagers du service public ?

Le numérique, avant tout, ce n’est pas quelque chose qui tombe sur la tête des gens comme s’ils ne s’y attendaient pas et qu’ils subissent. Le numérique, c’est une production de notre économie et de notre société. Nous avons créé le numérique que nous avons, même si nous ne l’aimons pas. Nous l’avons créé et, en général pour presque tous d’entre nous, même ceux qui s’en plaignent, on le pratique au quotidien et ce sont ces pratiques qui l’ont créé. Pour les agents publics : mieux relier leur expérience personnelle d’utilisateur et le rôle ou la manière dont ils peuvent mobiliser le numérique, ou penser à mobiliser le numérique, dans leurs relations aux autres, aux usagers, à leurs collègues, à leurs partenaires. En faisant cela, on s’aperçoit que le numérique n’est pas forcément le seul levier de la transformation de l’action publique mais c’est un bon chemin à emprunter pour y réfléchir et pour se dire qu’en fait on pourrait imaginer de remplir des missions du même type de manière complètement différente. Grâce au numérique, on s’autorise plus facilement à dire que tout pourrait être différent, alors allons-y, cherchons, réfléchissons, essayons des choses pour revenir au cœur de notre mission mais par d’autres chemins. 

Article publié le 18 novembre 2016 par calvados.fr

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